• un récit : Farouk kurde irakien

    Voici l'histoire de Farouk, jeune irakien d’origine kurde28 ans, habitant le nord de l’Irak.

     

    Il est arrivé en France en 2002, en pleine guerre d'Irak.

    Il fait une demande d’asile ici.

    Sa demande est rejetée par l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et demandeurs d’asile) puis par la CNDA (Commission de recours des demandeurs d’asile).

    reçoit en 2004 un APRF (arrêté préfectoral de reconduite à la frontière) mais compte-tenu de la situation en Irak, il est impossible de l’expulser immédiatement vers son pays.

    Le préfet l’assigne alors à résidence sans autorisation de travail. Il doit obligatoirement loger à Clermont-Ferrand chez sa sœur, mère de 4 enfants.

     

    A deux reprises, Farouk obtient une promesse d’embauche dans la restauration.

    Il vient à la CIMADE pour que nous l’aidions à rédiger une demande d’autorisation provisoire de travail auprès de la direction du travail et de la préfecture.

    Depuis 18 mois, nous avons relancé à plusieurs reprises les services concernés.

    La seule réponse obtenue, c’est que « il vous faut présenter un passeport en cours de validité ».

    Farouk arrive à l’obtenir de l’Ambassade d’Irak et le présente à la préfecture. Depuis, plus de nouvelle, ses demandes sont "en cours".

     

    Farouk va mal.

    Il est très dépressif.

    Il a l’impression désolante d’attendre depuis 8 ans une solution qui ne vient pas.

    Depuis 8 ans, il vit chez sa sœur, inutile, et à sa charge.

    Il a trouvé des emplois qu’il ne peut accepter faute d’autorisation de travail. Sa sœur se lasse également de voir ce frère, qu'elle aime et accueille volontiers, mais qui reste inoccupé.

    Comment justifier que ce jeune contraint de vivre en France ne soit pas autorisé à travailler et ainsi de gagner sa vie ?

    Comment justifier auprès de ce jeune homme l’attente vaine d’une réponse d’une administration qui n’explique jamais son silence ?

     

    La situation en Irak peut sans doute s’améliorer dans les années qui viennent, nous l’espérons, mais comment justifier que toute la jeunesse de Farouk soit gâchée par une inactivité forcée que rien ne peut expliquer et comment accepter qu’une expérience professionnelle en France lui soit refusée alors qu’ellepourrait être utile dans son pays à son retour ?

    Farouk a perdu 8 ans de jeunesse et vécu 8 ans de déprime qui l’entraine chaque jour un peu plus vers le désespoir