• Sur le probleme de l hebergement ... CHRONIQUE du 9 mai 2011

    En cette période des fêtes pascales, vous avez entendu parler de ces familles, le plus souvent étrangères, expulsées subitement des hôtels de Clermont-Ferrand où elles étaient habituellement placées par le 115, le numéro d'urgence des sans-logis.

     

    Après quelques nuits passées dehors ou chez des gens émus de leur détresse, ils ont été relogés à l'hôtel, jusqu'au 18 mai 2011, à la suite d'une manifestation soutenue par un certain nombre d'associations locales d'aide aux étrangers, au nom d'abord du simple respect des lois nationales et internationales.

    Bien sûr la France doit aussi respecter les principes de fraternité et de solidarité qui figurent dans sa Constitution.

     

    Vous vous demandez ce que ces familles sont venues chercher en France. Vous vous dites qu'ils auraient bien dû rester chez eux.

    Vous avez raison, ils auraient dû... s'ils avaient pu!

     

    Cette famille SABIZA par exemple: elle est en France depuis 9 ans. Elle vient du KOSOVO.

     

    Le kosovo n'est pas un pays ordinaire.

    Comme toute l'ex-Yougoslavie, il a connu des années de guerre et de massacres. Le petit état du Kosovo est peuplés d' albanais et de serbes auxquels il faut encore ajouter quelques ethnies minoritaires que les majoritaires ne supportent pas.

    Parmi les minoritaires insupportables, il y a les roms.

     

    Les roms du Kosovo ne sont pas des gens du voyage, pas du tout. Ils sont installés depuis des générations. Ils vivent le plus souvent entre eux dans certains quartiers.

     

    Pendant les guerres, ils sont envoyés ici, ou là, au gré des victoires des uns et des défaites des autres.

    Et quand la paix revient, il n'y a pas non plus de place pour eux.

    Leurs enfants, nés à la maison, ne sont pas scolarisés, ils sont sans-papiers dans leur propre pays.

    Dès 10 ou 12 ans, ils ramassent la ferraille, ou travaillent dans de petits commerces.

    Quand un conflit commercial survient, ou une dispute entre voisins, les roms ne sont défendus par aucune administration: pour eux, ni justice, ni police, ni règlementation du travail, ni hôpital,ni école.

     

    Quand ils n'en peuvent plus de ces injustices, quand ils veulent que leurs enfants ne vivent pas la même vie, ils viennent demander protection en France.

     

    La famille SABIZA a demandé l'asile dès son arrivée. Elle n'a pas été entendue. Elle a fait un recours, un autre, un autre encore.

    Ce ne sont pas des clandestins, ils ne se cachent pas. Comment auraient-ils pu se cacher pendant 9 ans ?

    Il y a 5 enfants. Le plus jeune est né en France, les autres y ont grandi, scolarisés selon le lieu où ils vivaient. Ils parlent tous français, ils n'ont pas beaucoup de souvenirs de leur pays. Comme leurs parents, ils ont parfois été arrêtés par la police française, enfermés, menacés d'être renvoyés "chez eux" mais ils se cramponnent et souhaitent quand même rester.

     

    Comment, le soir du 19 mai, pourraient-ils dormir dehors, tous?

    Comment aller à l'école, au collège quand on dort dehors? Comment faire ses devoirs? Comment se laver? Comment se soigner?

     

    Alors, les renvoyer "chez eux", même le plus jeune né ici et qui entre en CP?

    Leur dire qu'il n'y a pas de place pour eux?

    Renvoyer ces parents réalistes, volontaires, généreux, mais tellement fatigués?

     

    Ne sommes nous pas comme eux, voulant le meilleur pour nos enfants?

     

    Est-ce le monde que nous voulons construire et expliquer à nos enfants?