• Sur La Déchéance de Nationalité ...... Chronique Cimade du 8 janvier 2016

    Un débat anime l’opinion en ce moment : la déchéance de nationalité. Si ce débat dure et prend une telle intensité c’est qu’il touche à quelque chose d’important.
    Quelque chose de bien plus important qu’une stratégie pour les prochaines présidentielles ou qu’un score dans les sondages. Plus précisément, si ce débat prend une telle ampleur c’est qu’il touche à la philosophie, au sens, à la source, à ce qui est fondamental. Et on ne touche pas aux fondations d’un ouvrage sans se poser des milliers de questions et sans bien estimer les précautions, au risque de tout faire écrouler. De ce point de vue, l’intensité de ce débat, les prises multiples de positions et les mises en garde sont salvatrices. Qu’est ce qui est donc en jeu et qui soit tant fondamental ?
    Il y a d’un côté le droit du peuple à disposer de lui-même. C’est à dire à définir qui rentre et qui sort de la communauté ou de la Nation. Et il y a de l’autre côté, le droit fondamental de l’individu à avoir un état civil. Sans état civil, pas de droit, pas d’existence. Le droit à l’état civil est donc la pierre angulaire d’une civilisation de l’Etat de droit et du progrés humain. Ce sont ces 2 assertions qui s’affrontent dans ce débat. L’enjeu n’est pas de savoir si la déchéance de la nationalité empêche les attentats mais l’enjeu est de savoir si la constitutionnalisation ne met pas en péril une autre partie des fondations de notre civilisation, c’est à dire l’inaliénabilité de l’état civil d’un individu quel qu’il soit et quoi qu’il est fait.
    Exclure un individu d’une communauté nationale en raison d’acte de guerre ou de terrorisme envers cette même communauté semble légitime. La Nation au sens de Renan est “un plébiscite de tous les jours” selon ses termes. En d’autres termes : l’expression d’une volonté à continuer une histoire héritée ou appropriée et d’un consentement mutuel à vivre ensemble. Donc l’expression d’une volonté contraire ou de la fin de ce consentement justifie la perte de l’appartenance à la Nation.
    Cependant, la grandeur de notre civilisation est de se dépasser et de poser la primauté de l’intérêt suprême de l’Humanité avant ses propres intérêts. En ce sens, elle affecterait ses propres fondations si elle priverait un individu d’état civil en le rendant apatride. La solution peut donc résider dans une mesure d’indignité nationale où la Nation n’exerce plus sa reconnaissance et sa protection envers l’individu mais ne lui renie pas sa qualité d’humain et son droit à l’état civil qui doit être considéré par notre civilisation comme inaliénable.
    Ce débat fait écho en moi au verset 44 du chapitre 5 de l’évangile de Matthieu, je vous laisse le retrouver et méditer.
     
    Emmanuel BOUHIER
    Porte-Parole Cimade63
     
    “Qu’est-ce qu’une nation ?” Ernest RENAN http://classiques.uqac.ca/classique...
     

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    Matthieu 5:44 : “Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent,” http://saintebible.com/matthew/5-44...
     

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