• Rodez. A 3 ans, privé une nuit de ses parents

     

     http://www.ladepeche.fr/article/2007/10/05/25989-Rodez-A-3-ans-prive-une-nuit-de-ses-parents.html

    Rodez. A 3 ans, privé une nuit de ses parents

     

    Contactée ce jeudi, vers 12 h 30, par « La Dépêche du Midi », la préfecture de l'Aveyron a indiqué qu'Édik et Yana « vont faire l'objet d'une reconduite à la frontière ». En réalité, la procédure concernant ce couple de réfugiés originaires d'Azerbaïdjan et leur enfant en bas âge a été engagée, hier, vers 11 heures. Soit au terme de 24 heures de garde à vue au commissariat de police de Rodez pour les parents, et autant de temps passé sans eux pour le garçon âgé de 3 ans (cf. notre édition d'hier). Sans que quiconque, pendant ce délai, soit tenu informé des événements.

    Sollicité par notre titre, Jean-François Chauvet, le directeur du centre d'accueil des demandeurs d'asile d'Onet-le-Château, où vivait cette famille depuis le 5 septembre 2005, a accepté, hier soir, de revenir sur cette affaire.

    Que s'est-il donc passé mercredi matin ?

    Le hasard a voulu que je me retrouve à la préfecture à ce moment-là. C'est vers 11 heures que j'ai été informé que ce couple était convoqué, pour un motif qui m'était inconnu, au commissariat de police. Ils y sont allés confiants et ils ne sont pas rentrés de la journée.

    Qu'avez-vous donc fait ?

    Au bout d'un moment, j'ai appelé la police pour leur demander ce qui se passait. C'est là que j'ai appris que cette famille était en garde à vue pour séjour en situation irrégulière sur le territoire national. On m'a ensuite parlé de l'enfant. C'est à ce moment-là que j'ai prévenu que le garçonnet, qui était resté au centre, ne serait remis qu'aux parents où à une personne dûment mandatée.

    Cette personne est-elle arrivée ?

    Uniquement en début de soirée. Mais comme l'enfant était en situation de panique totale, il n'a pas été possible d'appliquer la mesure de placement. Le garçon a donc passé toute la nuit au CADA en compagnie de personnes qui l'ont rassuré.

    Quand a-t-il retrouvé ses parents ?

    Ce jeudi, en fin de matinée, lorsque la police a ramené ses parents au centre afin qu'ils retrouvent leur enfant, prennent quelques affaires dans un sac et partent ensemble vers le centre de rétention administrative de Toulouse.

    Que vous inspire cette histoire ?

    Je répondrais uniquement en donnant ma position de citoyen. Ce n'est donc absolument pas le directeur du CADA qui parle.

    Il existe une loi et que celle-ci doit s'appliquer. Mais j'estime que la méthode doit davantage respecter les gens. Cette famille a été traitée comme de véritables clandestins, ce qui n'est absolument pas son cas. Le préfet - et c'est son droit le plus strict - peut refuser de les autoriser à rester en France. Mais il pouvait leur signifier une OQTF, obligation de quitter le territoire français, tout en leur accordant le délai de trente jours pour qu'ils puissent préparer leur départ. Là, la façon dont ils ont été placés en garde à vue et conduits au centre de rétention est digne d'une rafle.


    La famille était en voie d'insertion

    Édik et Yana sont nés en Azerbaïdjan mais sont d'origine arménienne. À la fin des années '80, ils fuient leur pays pour aller en Russie où ils sont menacés d'expulsion en 2005. Ils arrivent donc à Onet le 5 septembre et demandent l'asile politique. Celui-ci est refusé en août 2006. Puis leur recours est rejeté en juin dernier. Le couple, autorisé à rester en France jusqu'au 22 juillet, demande donc au préfet une autorisation exceptionnelle de séjour. Il va même jusqu'à fournir des éléments d'intégration, dont une promesse d'embauche pour Édik. Mais la procédure d'instruction du dossier est longue et le visa expire. Édik et Yana attendent mais sans la moindre nouvelle de la préfecture. Jusqu'à ce mercredi.