• Un débat anime l’opinion en ce moment : la déchéance de nationalité. Si ce débat dure et prend une telle intensité c’est qu’il touche à quelque chose d’important.
    Quelque chose de bien plus important qu’une stratégie pour les prochaines présidentielles ou qu’un score dans les sondages. Plus précisément, si ce débat prend une telle ampleur c’est qu’il touche à la philosophie, au sens, à la source, à ce qui est fondamental. Et on ne touche pas aux fondations d’un ouvrage sans se poser des milliers de questions et sans bien estimer les précautions, au risque de tout faire écrouler. De ce point de vue, l’intensité de ce débat, les prises multiples de positions et les mises en garde sont salvatrices. Qu’est ce qui est donc en jeu et qui soit tant fondamental ?
    Il y a d’un côté le droit du peuple à disposer de lui-même. C’est à dire à définir qui rentre et qui sort de la communauté ou de la Nation. Et il y a de l’autre côté, le droit fondamental de l’individu à avoir un état civil. Sans état civil, pas de droit, pas d’existence. Le droit à l’état civil est donc la pierre angulaire d’une civilisation de l’Etat de droit et du progrés humain. Ce sont ces 2 assertions qui s’affrontent dans ce débat. L’enjeu n’est pas de savoir si la déchéance de la nationalité empêche les attentats mais l’enjeu est de savoir si la constitutionnalisation ne met pas en péril une autre partie des fondations de notre civilisation, c’est à dire l’inaliénabilité de l’état civil d’un individu quel qu’il soit et quoi qu’il est fait.
    Exclure un individu d’une communauté nationale en raison d’acte de guerre ou de terrorisme envers cette même communauté semble légitime. La Nation au sens de Renan est “un plébiscite de tous les jours” selon ses termes. En d’autres termes : l’expression d’une volonté à continuer une histoire héritée ou appropriée et d’un consentement mutuel à vivre ensemble. Donc l’expression d’une volonté contraire ou de la fin de ce consentement justifie la perte de l’appartenance à la Nation.
    Cependant, la grandeur de notre civilisation est de se dépasser et de poser la primauté de l’intérêt suprême de l’Humanité avant ses propres intérêts. En ce sens, elle affecterait ses propres fondations si elle priverait un individu d’état civil en le rendant apatride. La solution peut donc résider dans une mesure d’indignité nationale où la Nation n’exerce plus sa reconnaissance et sa protection envers l’individu mais ne lui renie pas sa qualité d’humain et son droit à l’état civil qui doit être considéré par notre civilisation comme inaliénable.
    Ce débat fait écho en moi au verset 44 du chapitre 5 de l’évangile de Matthieu, je vous laisse le retrouver et méditer.
     
    Emmanuel BOUHIER
    Porte-Parole Cimade63
     
    “Qu’est-ce qu’une nation ?” Ernest RENAN http://classiques.uqac.ca/classique...
     

    Sur La Déchéance de Nationalité ...... Chronique Cimade du 8 janvier 2016

    Matthieu 5:44 : “Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent,” http://saintebible.com/matthew/5-44...
     

  • Nous sommes à Bethléem, il y a 2000 ans. Un jeune couple, dont la femme est enceinte, parcourt la ville et recherche un hébergement. Ils s’adressent d’abord aux hôtels, mais ils sont tous complets. Ils s’adressent ensuite certainement à leurs connaissances, amis, famille, amis d’amis, amis de voisins, amis de famille. Rien... Personne ne peut les accueillir. Personne ne peut leur donner l’hospitalité... L’angoisse commence à monter chez Joseph ne trouvant pas de solution pour sa bien-aimée et son futur enfant. Et Marie... Elle doit sentir que l’enfant va naître... Elle doit avoir physiologiquement besoin d’être à l’abri, de faire son nid pour se mettre dans sa bulle et se consacrer pleinement à cette naissance... Au lieu de cela, ils parcourent encore la ville. D’abord en son centre puis s’écartent jusqu’au faubourgs, aux environs. Rejetés... Exclus...
    L’angoisse se transforme en panique, ils tapent à toutes les portes et tous leur dit “non”. Aucun ne considère que les intérêts d’une femme sur le point d’accoucher sont plus importants que son propre confort. Aucun pour avoir l’empathie nécessaire pour laisser sa place. L’histoire de cet enfant ne va pas commencer par un beau geste de solidarité. Un de ces gestes qui nous redonne foi en l’Homme, en sa capacité à se dépasser intellectuellement et moralement. Un de ces gestes si beaux qu’ils peuvent remplir vos yeux de larmes d’émotion et de joie ou de soulagement. Non. Joseph et Marie sont confrontés à l’indifférence de tous. Ils doivent ressentir de l’injustice, de la rage, de la colère. Ils doivent pester contre tous ces égoïstes ! Et peut être même contre Dieu... Personne ne les assiste. Personne ne les prend en charge. L’Amour humaine semble avoir déserté cette ville de Roi.
    Joseph et Marie sont des vulnérables, loin de chez eux, aucune infrastructure sociale n’est là pour leur porter attention et protection. Tout le monde connaît la suite. Ils trouvent finalement un abri de misère partagé avec des bêtes. L’enfant n’est pas encore né que commence le message : le sens de la place laissée, de l’accueil, de l’hospitalité. Faut-il qu’il n’y ait que des vulnérables pour accueillir les vulnérables ? Les réfugiés trouvent toujours un moyen pour se mettre à l’abri. Mais la précarité de cet abri révèle en même temps la fermeture de nos portes, de nos frontières et la perte du sens de l’hospitalité. Comment ne pas penser à Calais... Combien y a t il de Marie, de Joseph et de Jésus à naître ?...
    Dans une société de progrès social, la vulnérabilité n’est pas rejetée hors la cité, elle reçoit l’attention et la protection nécessaires à sa résolution.
     

    Emmanuel Bouhier Porte parole CIMADE 63


  • Ceux qui sont attachés aux idées d’égalité des droits, ceux qui pensent que rechercher un bouc-émissaire pour conjurer les malheurs est une erreur grotesque et monstrueuse, ceux qui recherchent inlassablement des solutions collectives, sociales aux problèmes de notre société, ceux qui ont foi en ce qu’il y a de meilleur en l’Homme, tous ceux-là ont été effrayés par les résultats du 1er tour des régionales.
    Ce n’est pas l’image de la France que nous voulons donner. Ce n’est pas la direction que nous voulons prendre. Oui, il y a de la souffrance, des inégalités, des injustices, des dysfonctionnements, des abus, des privilèges indus même mais pour les régler il convient de s’unir plutôt que de s’affronter. Il convient de chercher les causes plutôt que de les fantasmer. Il convient d’être juste plutôt que revanchard. Il convient de s’inscrire dans une dynamique collective plutôt que de tout espérer d’un chef providentiel. Il convient de prendre conscience que chacun de nous porte la responsabilité collective et que notre devoir est d’être le changement que nous espérons pour nous même.
    Les solutions aux maux qui nous touchent ne peuvent pas résider dans le rejet des autres, les étrangers, les opposants, l’Europe, ... Les solutions viennent nécessairement de l’intelligence collective, de la diversité des points de vue et des inspirations. La vulnérabilité nous place sous l’emprise de la peur. Certains sont prêts à mettre cette peur sous le feu de l’ignorance pour produire la haine, puissant levier obscur pour conquérir le pouvoir et le conserver.
    A la peur, il faut répondre par l’attention, le soin. Cela doit se traduire par des politiques qui équilibrent la société, réduisent les inégalités, les écarts, donnent une chance à chacun et permettent à tous de trouver une place, une utilité sociale.
    A l’ignorance, il faut répondre par l’éducation. L’école bien sûr mais aussi l’éducation populaire. Des citoyens informés et engagés améliorent la qualité démocratique d’une société. Ils sont un important organe de contrôle et de contre-pouvoir démocratique. Il faut connaître les choses plutôt que de les fantasmer.
    Voilà les 2 enjeux devant nous : l’attention sociale et l’éducation populaire pour vivre dans une société fraternelle.

    Emmanuel Bouhier, porte parole CIMADE 63


  • La France a été une nouvelle fois touchée. Après janvier et l’attaque contre la liberté d’expression, voici novembre et l’attaque contre les bonheurs simples et humbles de la vie : le resto, la terrasse, le concert, le sport...

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  • Mardi 10 novembre, la mairie de Clermont Ferrand et la Préfecture du Puy de Dôme organisaient un accueil républicain pour les familles syriennes réfugiées chez nous.

    Pour une France vraiment terre d’accueil ! Chronique Cimade63 pour RCF du 13 nov 2015

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