• Intégration ... chronique cimade 14 février 2014


    Le premier ministre a réuni cette semaine un comité interministériel pour prendre en main les questions d'intégration. En cette période électorale, les propositions ne sont pas à proprement parler ambitieuses. Certainement pour éviter l'ouverture d'une polémique supplémentaire à un moment où, en France, des milliers de personnes sont capables de se rassembler à Paris pour un jour de colère, ou plutôt un jour de haine et crier  ensemble dans les rues "Dehors les Juifs !". Cette résurgence de vieilles haines poussiéreuses n'aide pas à évoluer dans un contexte serein et respectueux, nécessaire à toute vie démocratique.

    Dans ce contexte, difficile d'aborder sereinement, avec recul et humanité, les questions d'immigration. La Suisse avec son référendum en est un exemple récent.

    Dans l'initiative du 1er Ministre, il y a un élément remarquable : la remise en cause du monopole du Ministre de l'Intérieur sur les questions d'immigration. Cette orientation politique qui consiste à confier l'ensemble des questions d'immigration (entrée, séjour, asile, intégration, ... ) au ministère de l'Intérieur est une oeuvre de l'ancien gouvernement. C'est une conception sécuritaire de la question. C'est une vue partiale, incomplète qui par voie de conséquence induit la France dans l'erreur de l'injustice.

    Pour prendre de bonne décision ou au moins pour éviter les mauvaises décisions, il faut toujours multiplier les points de vue, prendre en compte un maximum de dimensions et de paramètres. Pour améliorer l'intégration, il faut certainement confier des compétences au ministère des affaires sociales. Pour améliorer la qualité du traitement des demandes d'asile, il faut assurément confier des compétences aux ministères de la Justice et/ou des affaires étrangères. Mais faut-il vraiment parler d'intégration ? Qu'est-ce qui réussit le mieux dans l'accueil de population étrangère ? C'est certainement notre capacité à faire de la place, à transformer le corps social pour le rendre compatible aux nouveaux éléments, sources de richesses et d'opportunités. L'assimilation revient à transformer l'arrivant étranger à l'image que nous nous faisons de nous même. Mais sommes nous réductibles à une image synthétique du français ? C'est moins sûr ! Chacun ayant une vision singulière du français type, l'arrivant ne peut correspondre à toutes les représentations à la fois...

    L'intégration revient à obliger l'arrivant à se tailler à la forme de la place que nous consentons à lui laisser, quitte à ce qu'il se mutile. En celà, c'est un mouvement unilatéral.

    Ne devrait on pas chercher des solutions dans l'inclusion ? Où accueillants et accueillis sont suffisamment plastiques pour s'adapter l'un à l'autre ? Où l'on cherche à optimiser les richesses que représentent chacun des protagonistes mais aussi le nouvel ensemble qu'ils constituent désormais.

    Accueillir créer de la richesse.

     

     

     

    Emmanuel BOUHIER

    Porte Parole Cimade 63

     

    http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20140211.OBS5924/integration-des-immigres-ayrault-presente-un-plan-a-minima.html

    http://www.cnle.gouv.fr/Rapport-Tuot-sur-la-refondation.html

    http://www.lemonde.fr/europe/article/2014/02/11/apres-le-vote-suisse-sur-l-immigration-les-populistes-pavoisent_4364242_3214.html


  • Rapport 2012 sur la Rétention des étrangers. Chronique cimade63 pour RCF vendredi 31 janvier 2014


    Pour la troisième année, les cinq associations Cimade, AssFam, Forum Réfugiés, France Terre d’Asile et l'Ordre de Malte publient en commun leur rapport sur l’enfermement et l’éloignement forcé des personnes étrangères.Chiffres, analyses et témoignages à l’appui, le rapport dresse le constat de la continuité d’une politique peu respectueuse des droits fondamentaux.

    Alors que le ministère de l’Intérieur s’était engagé à mettre fin aux objectifs chiffrés, en 2012 le nombre d’éloignements est en hausse de 12 % pour la métropole.Plus de la moitié sont réalisés depuis l’Outre-mer, où les droits des personnes sont quasiment nuls.

    L’utilisation massive de la rétention, l’absence d’une véritable politique alternative touche toutes les catégories de personnes soumises à un éloignement forcé, y compris les plus vulnérables. Elles subissent trop souvent des pratiques expéditives ou un allongement disproportionné, et traumatisant, de l’enfermement.

    La loi du 16 juin 2011, pour éloigner plus facilement,  a organisé le recul du contrôle du juge judiciaire, pourtant garant des libertés individuelles. Cette loi a pleinement produit ses effets en 2012 au détriment des droits fondamentaux : 60 % des personnes éloignées l’ont été avant le délai d’intervention du juge des libertés et de la détention qui contrôle le respect de leurs droits.

    En2012 encore, alors que la France a été condamnée à trois reprises par la Cour européenne des droits de l’Homme, l’État n’a pas respecté son obligation de se conformer à ces décisions. Une circulaire est venue limiter le placement en rétention des familles mais certaines d’entre elles la subissent toujours, en particulier à Mayotte. Dans leur majorité les éloignements prononcés par les préfectures sont dépourvus de recours effectifs, en particulier pour les personnes enfermées en Outre-mer. De même, les demandeurs d’asile ne bénéficient toujours pas de la possibilité de contester efficacement un premier refus de se voir octroyer une protection.

    Comme les années précédentes, les cinq associations appellent d’une seule voix à une véritable rupture de cette politique d’enfermement et d’éloignement forcé, ce qui nécessite l’adoption rapide de mesures législatives afin de garantir les droits et libertés fondamentales des personnes retenues.

    Elles appellent en particulier au rétablissement du contrôle du juge dès les premiers jours de la privation de liberté; à une réduction de la durée maximale de rétention ; et à l’instauration d’un recours effectif contre toutes les mesures d’éloignement en métropole comme dans les départements d’Outre-mer.

     

    Communiqué de la Cimade

     

    http://www.lacimade.org/communiques

    http://storage.dolist.net/4125/www/pdf%20divers/DP_RapRet2012_DEF.pdf


  • Qui croit encore à l'hospitalité ? Qui la préserve et la perpétue comme une force qui aide l'Humanité à sortir de l'âge de pierre, du clanisme pour aller vers l'âge de la Lumière et de la spiritualité ? Depuis 10 ans, les politiques d'immigration ne font que favoriser l'inhospitalité dans les lois, les actes administratifs, jusqu'à empoisonner l'opinion publique...

    Combien, même chrétiens, nous répondraient : "C'est bien mignon votre hospitalité, mais on ne peut pas se le permettre, on va tout perdre à trop vouloir partager et qui nous dit qu'on est pas en train de faire rentrer le loup dans la bergerie ?"

    La peur, voilà notre ennemi, celle qui nous empêche de voir l'autre comme une opportunité de découverte, d'échange, d'affermissement de la solidarité humaine. "Ne crains pas, crois seulement !" nous dit Jésus en Marc 5,26. Cette confiance en nos capacités de bonté et de Sagesse, cette pensée positive vis à vis de l'avenir et des conséquences, Il nous l'enseigne encore quand Il envoie les disciples (Luc 10,3) avec une lucidité ahurissante sur le monde : "Partez, voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups". Oui, le monde est dangereux, violents, risqués. Oui, il est possible que notre solidarité soit abusée, mais c'est notre monde, c'est celui-là que nous devons transformer de nos actes. Oui en accueillant nous prenons un risque mais l'acte d'accueillir transformera le monde comme la vague polie le rocher saillant en passant inlassablement avec force et vigueur, persévérance et constance. Une vague ne fait rien à elle seule mais la multitude agit irrémédiablement. Jésus dit encore à ses disciples en les envoyant : "Ne portez ni bourse, ni sac". C'est dire la confiance qu'il faut avoir à l'once d'humanité, au plus petit sens de fraternité qui brûlotte au fond de chacun de nous. Pour faire vivre l'hospitalité, il faut avoir confiance en elle, en ses vertus, en son pouvoir et la provoquer.

    L'hospitalité n'est pas qu'un bon sentiment, une bonne action, c'est un acte de foi en l'humanité, une bataille livrée contre nos peurs, une pierre posée sur le chantier de l'édification d'une humanité meilleure et plus éclairée. Il faudra une multitude de pierres.

    Accueillir l'étranger peut être considéré comme un risque insensé sur le plan matériel alors que sur le plan spirituel, c'est une étape initiatique dans l'interminable quête d'une humanité rayonnante d'amour. 

     

    Que devons-nous craindre le plus ? Une société qui ne saurait plus accueillir et protéger, dans laquelle l'autre est avant tout une menace ?

    Ou le risque d'une solidarité abusée une fois sur mille et de ressentir le formidable sentiment d'accomplissement les 999 autres fois ?
    Ne craignons pas, croyons seulement en l'Homme. 

    Laissons un chance à l'hospitalité.

     

    Emmanuel BOUHIER

    Porte-parole Cimade63

     


  • En cette période de vœux, entre autres, j'exprime celui qu'en 2014, les questions d'asile et d'immigration ne soient plus le monopole du Ministère de l'Intérieur, pour que celui de la Justice et celui des Affaires Sociales retrouvent les compétences qui les concernent en la matière.

    D'un point de vue culturel et symbolique d'abord, pour déconstruire l'image de l'étranger-menace et pour dépassionner les débats autour de ces faits sociaux. Ensuite, parce que l'actualité vient une fois de plus montrer les dangers d'une approche sécuritaire et technicienne de l'asile. Le CA de l'OFPRA vient d'ajouter l'Albanie, le Kosovo et la Géorgie sur la liste des pays considérés "sûrs", avec la bénédiction de la Place Beauvau... Cette initiative montre que nous sommes toujours dans un logique de présomption de culpabilité et de restriction des droits envers les étrangers en général et les demandeurs d'asile en particulier. J'ai déjà fait plusieurs chroniques sur cette liste, vous les trouverez sur le blog de la cimade 63. Rappelons juste à toutes fins utiles que cette liste permet à l'Administration de dégrader la qualité du traitement de la demande d'asile. Au lieu de bénéficier de la procédure normale, le requérant se voit relégué dans une procédure expéditive dite "prioritaire" au mépris total du principe d'égalité de traitement auquel la République prétend.

    Parlons quand même de ces pays : l'Albanie, selon le rapport 2013 d'Amnesty International, est toujours en proie aux dysfonctionnements de la justice concernant les disparitions forcées et les homicides. En juin, le comité contre la torture de l'ONU s'est dit préoccupé par l’absence d'enquêtes efficaces et impartiales sur des accusations de mauvais traitements dus à des membres des forces de l'Ordre. 2526 cas de violence au sein des familles  ont été relevés dont des cas de violences envers des couples dont l'union n'est pas acceptée par les familles. A la Cimade, nous connaissons d'ailleurs un cas récent où un proche vient d'être assassiné pour n'avoir pas voulu révéler où se cacher un couple pourchassé.

    Pour le Kosovo, rappelons que la MINUK, la mission de l'ONU, y est toujours présente, preuve que ce pays n'est pas encore stabilisé. Les Rroms y souffrent toujours de discrimination pour l'accès au logement, à la santé, à l'éducation, au travail, ... Mais c'est peut-être pour ça que l’Albanie et le Kosovo entrent dans la liste des pays sûrs : pour limiter le droit d'asile des Rroms. Aprés l'affaire Léonarda, le Ministre déclare la guerre aux demandeurs d'asile Rroms et au passage instrumentalise l'Administration en la pervertissant. Cette liste est juste un outil de gestion politique et non un instrument de droit.

    Quant à la Géorgie, il y existe toujours des troupes militaires Russes, ce qui n'est pas un signe de stabilité. Certes les élections législatives d'octobre ont permis une alternance démocratique et pacifique mais de nombreuses violations de droit à la liberté d'expression avant et après le scrutin se traduisent encore par des violences physiques ou sociales sur les personnes.

    La liste des pays sûrs est un poison pour le droit d'asile et le changement n'a toujours pas atteint le Ministère de l'Intérieur.

     

    Emmanuel BOUHIER

    Porte-Parole Cimade63

     

     

     

    http://www.amnesty.org/fr/region/albanie

    http://www.amnesty.org/fr/region/georgia

    http://www.amnesty.org/fr/for-media/press-releases/un-must-make-failure-investigate-kosovo-missing-2013-08-27

    http://cimade63.blogg.org/

    http://xenodoques.blog.lemonde.fr/2013/12/28/lalbanie-la-georgie-et-le-kosovo-de-retour-sur-la-liste-des-pays-dorigine-surs/

    http://www.forumrefugies.org/s-informer/communiques2/liste-des-pays-d-origine-surs-un-outil-inadapte

    http://www.atlantico.fr/pepites/roms-au-kosovo-quelle-est-reelle-situation-leonarda-873253.html

    http://international.lefigaro.fr/troupes-russes-georgie.html

    http://www.lepoint.fr/monde/leonarda-l-impossible-retour-des-roms-du-kosovo-18-10-2013-1745225_24.php

    http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=30573&Cr=kosovo&Cr1=#.UsK4duLPr0s

    http://revdh.org/tag/kosovo/


  • http://www.educationsansfrontieres.org/?page=article&id_article=48470#sp48470

    Attention !!! Enfants en danger !!!

    une pétition lancée par le collectif d’enseignants du collège La Charme

     

    Albina, élève scolarisée en classe de 4e au collège La Charme se trouve dans une situation administrative et personnelle dramatique. En effet son père, sans papier, a été arrêté et placé en centre de rétention à Lyon le jeudi 12 décembre 2013. Tous les recours sont épuisés et la situation de la famille s'avère aujourd'hui extrêmement préoccupante.

     

    Il nous semble nécessaire et urgent d'apporter une solution à la détresse de cette élève. Albina, Arlind (ayant obentu son Brevet des Collèges en juin 2013), Medina (en CE1) et le petit Diar (7 mois et demi) ont besoin de leur père et de leur mère à leurs côtés pour poursuivre sereinement leur scolarité et le cours de leur vie. Cette famille, honnête et bien intégrée, serait en réel danger si elle devait regagner le Kosovo.

     

    Grâce à votre signature, ensemble, soutenons-les !!!

     

    http://www.educationsansfrontieres.org/?page=article&id_article=48470#sp48470