• Pour une solidarité avec les migrants tunisiens CHRONIQUE du 2 mai 2011

    Pour une solidarité avec les migrants tunisiens

    Des missions d’observations réalisées par des associations dont La Cimade et le Gisti, ont permis de dresser un état des lieux des pratiques préfectorales et policières à l’égard des migrants tunisiens arrivés en France avec un titre de séjour de trois mois délivré par l’Italie.

    Il est ainsi aujourd’hui possible d’affirmer qu’il existe une véritable chasse aux Tunisiens. 
    Dans les gares françaises voisines de l’Italie, la police aux frontières, la police ferroviaire, la police nationale et la gendarmerie sont mobilisées pour renforcer les contrôles d’identité, contrôles clairement discriminatoires, arbitraires et quasi-systématiques.

    Les conditions exigées lors de ces contrôles (avoir des ressources, avoir une adresse de destination, voire détenir un billet de retour !) sont très proches de celles demandées aux frontières externes de l’espace Schengen. Or le code des frontières Schengen interdit de telles pratiques. 
    Pour contourner cette règle, la France et l’Italie sont alors allées jusqu’à demander la modification des conditions de suspension de Schengen, tout en continuant de contrôler massivement à leur frontières intérieures. 
    Il est vrai que déjà condamnée par la cour de Justice de l’Union européenne (arrêt du 22 juin 2010), la France continue régulièrement de réaliser des contrôles massifs et ciblés à ses frontières intérieures .

    La suspension de Schengen rendra donc légales des pratiques illégales et pourtant déjà tellement communes.

    Les préfectures mettent en œuvre des procédures irrégulières, collectivisées et stéréotypées, en évitant le contrôle du parquet ou du juge, nous craignons le pire. Combien de migrants tunisiens vont être privés de liberté sans raison aucune ? Et pourquoi ?

    S’agit-il d’alimenter la peur d’une invasion factice ? De faire croire, à force de gesticulation, à des fins politiques, que les migrants tunisiens représentent une quelconque menace ?

    Rappelons encore une fois que depuis février, seuls un peu plus de 20 000 Tunisiens ont débarqués à Lampedusa, soit 0.2% de la population tunisienne. Que représentent 20 000 Tunisiens sur les 400 millions d’habitants de l’Europe ?

    Lors de nos missions d’observation, comme dans les centres de rétention où La Cimade intervient, nous en avons rencontré beaucoup : beaucoup d’hommes jeunes venus essayer leur liberté fraîchement conquise pour rendre visite à leurs proches, travailler quelques temps avant de repartir en Tunisie, …

    La Tunisie, en pleine transition politique, a de son côté accueilli admirablement quelques 250 000 personnes fuyant la Libye.

    La Cimade répète qu’il faut aujourd’hui construire une véritable solidarité européenne pour l’accueil des Tunisiens et non une « solidarité policière ». La libre circulation, avec possibilité de faire des allers-retours est la première réponse que l’Union européenne doit apporter à la Tunisie en soutien de sa transition démocratique. Elle doit également au minimum à ces peuples qui se sont battus pour la démocratie, le respect des règles du droit et de la justice.


    Il est temps pour l'Europe de renouer avec son esprit humaniste en révisant Schengen pour permettre aux demandeurs d'asile de choisir le pays où faire leur demande et en mettant en oeuvre le dispositif de protection temporaire adopté en 2001.