• Noël, toujours recommencé... Chronique Cimade63 du 25 decembre 2015 non radiodiffusée

    Nous sommes à Bethléem, il y a 2000 ans. Un jeune couple, dont la femme est enceinte, parcourt la ville et recherche un hébergement. Ils s’adressent d’abord aux hôtels, mais ils sont tous complets. Ils s’adressent ensuite certainement à leurs connaissances, amis, famille, amis d’amis, amis de voisins, amis de famille. Rien... Personne ne peut les accueillir. Personne ne peut leur donner l’hospitalité... L’angoisse commence à monter chez Joseph ne trouvant pas de solution pour sa bien-aimée et son futur enfant. Et Marie... Elle doit sentir que l’enfant va naître... Elle doit avoir physiologiquement besoin d’être à l’abri, de faire son nid pour se mettre dans sa bulle et se consacrer pleinement à cette naissance... Au lieu de cela, ils parcourent encore la ville. D’abord en son centre puis s’écartent jusqu’au faubourgs, aux environs. Rejetés... Exclus...
    L’angoisse se transforme en panique, ils tapent à toutes les portes et tous leur dit “non”. Aucun ne considère que les intérêts d’une femme sur le point d’accoucher sont plus importants que son propre confort. Aucun pour avoir l’empathie nécessaire pour laisser sa place. L’histoire de cet enfant ne va pas commencer par un beau geste de solidarité. Un de ces gestes qui nous redonne foi en l’Homme, en sa capacité à se dépasser intellectuellement et moralement. Un de ces gestes si beaux qu’ils peuvent remplir vos yeux de larmes d’émotion et de joie ou de soulagement. Non. Joseph et Marie sont confrontés à l’indifférence de tous. Ils doivent ressentir de l’injustice, de la rage, de la colère. Ils doivent pester contre tous ces égoïstes ! Et peut être même contre Dieu... Personne ne les assiste. Personne ne les prend en charge. L’Amour humaine semble avoir déserté cette ville de Roi.
    Joseph et Marie sont des vulnérables, loin de chez eux, aucune infrastructure sociale n’est là pour leur porter attention et protection. Tout le monde connaît la suite. Ils trouvent finalement un abri de misère partagé avec des bêtes. L’enfant n’est pas encore né que commence le message : le sens de la place laissée, de l’accueil, de l’hospitalité. Faut-il qu’il n’y ait que des vulnérables pour accueillir les vulnérables ? Les réfugiés trouvent toujours un moyen pour se mettre à l’abri. Mais la précarité de cet abri révèle en même temps la fermeture de nos portes, de nos frontières et la perte du sens de l’hospitalité. Comment ne pas penser à Calais... Combien y a t il de Marie, de Joseph et de Jésus à naître ?...
    Dans une société de progrès social, la vulnérabilité n’est pas rejetée hors la cité, elle reçoit l’attention et la protection nécessaires à sa résolution.
     

    Emmanuel Bouhier Porte parole CIMADE 63