• Les syndicats suédois avec les sans-papiers

    http://www.liberation.fr/actualite/economie_terre/354238.FR.php Entre 10 000 et 50 000 sans-papiers vivent en Suède. Les statistiques sont approximatives. Ils pourraient être 100 000. Aucun n'a le droit de travailler. Pourtant, un agent d'entretien sur dix dans le pays n'a pas de papiers, à en croire le syndicat Fastighetsanställdas Förbund. Ils sont nombreux aussi dans les secteurs du bâtiment et de la restauration. En situation irrégulière, ces travailleurs de l'ombre sont souvent à la merci d'employeurs peu scrupuleux. Pressés d'intervenir par les associations qui leur viennent en aide, les syndicats ont enfin décidé de se mobiliser, en ouvrant début septembre un centre d'accueil et d'information à Stockholm. «Nous ne demandons pas d'amnistie, ni de réforme de la loi sur l'immigration, mais l'application du droit du travail et des accords collectifs», explique Samuel Engblom, juriste auprès de la confédération des employés, Tjänstemännens Centralorganisation (TCO). Le problème, précise-t-il, «c'est que l'Etat dit à ces gens qu'ils ne peuvent pas rester en Suède et qu'ils n'ont pas le droit de travailler, mais on ne les expulse pas et on ne leur verse aucune aide pour vivre». Reste alors le travail au noir : un secteur où les sans-papiers n'ont souvent aucun droit, même s'ils paient leurs impôts. Ce centre devrait «leur redonner un peu de dignité», espère Yacine Asmani, coordinateur du mouvement des sans-papiers à Stockholm. Les locaux sont offerts par le Syndicat des ouvriers du bâtiment. Engblom assure que ceux qui y viendront ne risqueront pas de se faire arrêter. Les sans-papiers trouveront des informations sur le droit du travail en Suède et pourront obtenir le soutien des syndicats en cas de conflit avec leurs employeurs. Cet été, un restaurant de la capitale en a fait les frais. Son patron, qui n'avait pas signé d'accord collectif avec les syndicats, refusait de payer le salaire en vigueur dans la branche à ses salariés en situation irrégulière. L'établissement a fait l'objet d'un blocus. L'objectif, résume Samuel Engblom, est «d'envoyer un message fort aux patrons, en modifiant le rapport de force». Dans un pays où le taux de syndicalisation avoisine les 80 %, la mobilisation des syndicats est essentielle, observe Yacine Asmani. Désormais, assure-t-il, les sans-papiers ne sont plus seuls. ANNE-FRANÇOISE HIVERT QUOTIDIEN : jeudi 25 septembre 2008