• Les patrons de sans-papiers reçus au cabinet d'Hortefeux

    Mercredi, Johann Le Goff a été reçu deux heures par Thierry Couderc, le directeur de cabinet de Brice Hortefeux au ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale. La dernière fois que nous vous avions parlé sur Rue89 de ce patron de PME de 32 ans, il s'était fait remarqué en réclamant, avec d'autres employeurs de travailleurs sans-papiers, leur régularisation. Il arguait à l'époque de l'investissement qu'avait représenté pour les entreprises la formation de ces salariés... et de la pénurie de main d'oeuvre dans son secteur: la connectique.

    Six semaines plus tard, ce qui n'était alors qu'un réseau informel est devenu une vraie association, le Gers, Groupement des entreprises pour la régularisation de leurs salariés, qui regroupe une trentaine d'employeurs de sans-papiers. A raison d'au moins une réunion de travail par semaine, Le Goff, avec d'autres, reste mobilisé, même s'il note au passage que les médias, très mobilisés un temps, se sont désintéressés du problème. C'est pourtant la première fois que le Gers était reçu par l'équipe Hortefeux.

    Alors que le ministère s'en tient à un discours de fermeté et martèle qu'il n'y aura de régularisations qu'au "cas par cas", Johann Le Goff a voulu le prendre au mot: le "cas par cas" pourquoi pas, mais avec les critères patronaux:

    "Nous lui avons présenté nos critères et notamment que l'entreprise s'engage sur la base d'un CDI, que le travailleur ait cotisé aux caisses sociales, qu'il ait un an d'expérience et de fiches de paye, et que l'embauche remonte à avant le mois de juillet 2007 (date d'entrée en vigueur de la loi qui impose aux employeurs de vérifier la régularité de leur main d'oeuvre, ndlr)."

    S'ils satisfont ces critères, ces patrons de PME qui employent des sans-papiers, parfois de longue date, réclament de pouvoir conserver leur salarié jusqu'à l'examen final de son dossier. Or, sur ce point, crucial aux yeux de Joahnn Le Goff, le ministère ne semble pas disposé à fléchir.

    On se souvient pourtant que c'est le scénario qui avait été retenu après la mobilisation autour du Café de la Jatte, à Neuilly. Ceux-là ont, depuis, été régularisés après avoir entretemps obtenu une autorisation de travail temporaire. Ce que réclame aujourd'hui Johann Le Goff, qui argue de situations "économiquement difficiles" pour certains chefs d'entreprises:

    "En avril, vous aviez rencontré la famille Sarrar, dont l'entreprise de nettoyage a perdu 40% de son chiffre d'affaires depuis qu'elle ne peut plus faire travailler ses salariés qui se sont révélés sans-papiers. Mais il y en a d'autres: à Saint-Maurice, le restaurateur Diehl travaille plus de 18 heures par jour faute de main d'oeuvre alors qu'il embauchait jusque-là trois personnes qui attendent d'être régulariséses. Il a 60 ans et il est urgent de trouver une solution pour son restaurant."

    Sollicité par Rue89, le cabinet de Brice Hortefeux n'a pas souhaité préciser où en étaient les négociations. En attendant, plusieurs centaines de dossiers attendent chez de petits patrons de PME qui, comme Johann Le Goff, n'ont pas encore déposé la demande de régularisation de leur salarié en préfecture:

    "Le dossier est prêt, promesse d'embauche comprise. Mais j'attendais d'avoir l'assurance, auprès du ministère, que ce serait bien moi qui serait reçu en préfecture et que mon salarié ne serait pas obligé d'y aller seul. De plus, le cabinet de Brice Hortefeux a promis qu'il pourrait, en dernière instance, examiner les dossiers qu'on estimerait mal traités par la Préfecture.

    Chloé Leprince