• Le poids des transferts de fond des migrants

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    Transfert d’argent des migrants : La BAD ouvre le débat à Bamako

     

    L’hôtel Radisson a abrité, le 19 novembre 2009, l’atelier technique régional sur « les envois d’argent des migrants : Quels cadres réglementaires et quels produits financiers en zone Franc ». L’atelier organisé conjointement par la Banque Africaine de développement (BAD) et la France, en partenariat avec l’Agence Française de Développement, le Club des dirigeants des banques et établissements de crédits, a regroupé les représentants des banques centrales, des institutions financières, des institutions de microfinance et des opérateurs de téléphonie mobile.

    Ennahli Moulaye Lahcen, Représen-tant résident de la Banque africaine de développement au Mali, a déclaré que cet atelier témoigne l’intérêt que porte sa banque aux communautés africaines vivant à travers le monde dans la promotion du développement économique des pays Africains. « Cet intérêt de la BAD s’est traduit sur la période récente par le lancement de son initiative ‘’Migration et Développement’’ », a-t-il ajouté. Cette initiative, à son avis, poursuit l’objectif fondamental de mobiliser les ressources humaines et financières de la diaspora au service du développement économique et social des pays africains.

    Mieux, il dira qu’une telle initiative prend plus de sens dans le contexte de la crise économique internationale. « Dans un tel contexte, la contribution des communautés des africains résidant à l’étranger revêt une importance encore plus particulière et sa baisse peut signifier un appauvrissement des populations vivant à la limite du seuil de pauvreté », a-t-il estimé. Le Représentant de la BAD au Mali dira que l’initiative de sa banque vise à accompagner les efforts visant à réduire les coûts des transferts et à augmenter d’autant la masse de ressources disponibles à la fois à la consommation des ménages bénéficiaires, à l’épargne et à l’investissement dans les pays récipiendaires.

    Cependant, il a estimé qu’une telle initiative pour réussir a besoin de la conjugaison des efforts de toutes les parties prenantes. Pour Michel Révérend de Menthon, ambassadeur de France au Mali, chaque année, 190 millions de migrants envoient plus de 440 milliards de dollars à leurs familles dans leurs pays d’origine. Selon lui, ces fonds permettent d’apporter un soutien en termes de dépenses courantes, de santé et d’éducation à près de 700 millions de personnes dans le monde. Pour cela, il a estimé que les migrants sont des forces motrices du développement. « Les transferts des fonds des migrants sont aujourd’hui supérieurs à l’aide publique au développement ou à l’investissement direct étranger dans le monde », a-t-il révélé. En ce qui concerne l’Afrique, il dira que les fonds envoyés par sa diaspora représentent environ 40 milliards de dollars.

    « Ces sommes sont destinées à plus de 80% à des dépenses de première nécessité, comme les dépenses alimentaires, de santé et d’éducation », a-t-il déclaré. Mieux, l’ambassadeur de France au Mali dira que le poids économique et financier des transferts est important et atteint par exemple 11% du PIB au Mali, 19% au Sénégal et encore 24% aux Comores, selon l’étude menée fin 2007 par la BAD à la demande de la France. Il a aussi mis un accent sur un fait marquant. Selon lui, le marché des transferts en Afrique voit se développer des innovations technologiques prometteuses, notamment celui de la téléphonie mobile. Il a estimé que ce développement s’appuie sur la croissance rapide des abonnés au téléphone mobile sur le continent. « Ils étaient 7,5 millions en 1999, ils sont désormais 280 millions.

    Aujourd’hui, ces téléphones portables peuvent remplacer les cartes de crédit », a-t-il indiqué. Cependant, il a estimé que les coûts de transactions restent importants. Selon lui, ils peuvent aller jusqu’à 20% du montant de la transaction et sont parfois supérieurs en France à ceux des pays voisins. « La communauté internationale a pris la mesure des enjeux que représentent les efforts des migrants de la diaspora pour le développement de leur pays d’origine. Pour accompagner ces efforts, la priorité est de parvenir à une baisse des coûts de transaction », a-t-il révélé. Avant de dire que son pays, la France prend sa part dans cette réflexion commune. Elle s’est engagée avec ses partenaires du G8 pour parvenir en cinq ans à une diminution de 50% du coût des transferts au niveau global.

    « Cet engagement emblématique qui fixe un objectif chiffré et un calendrier permettra de dégager un montant de ressources supplémentaires pour les pays en développement de près de 20 milliards de dollars », a-t-il révélé. Il a ensuite énuméré la liste des actions déjà entreprises par la France pour faire baisser les coûts. Pour conclure, il a précisé que la France et ses partenaires seront attentifs aux pistes de travail qui émergeraient des travaux de l’atelier.

    Mme Kouyaté Astan, conseillère technique au ministère de l’économie et des finances, qui a représenté le ministre à la cérémonie, a rappelé que l’atelier fait suite à une étude réalisée en 2008 par la BAD avec l’appui de France sur les transferts de fonds des migrants en direction de quatre pays : Mali, Comores, Maroc et le Sénégal. Selon elle, l’atelier de Bamako se tient dans un contexte de crise financière mondiale, qui pourrait avoir des conséquences négatives sur les transferts de fonds des migrants. Elle a ensuite énuméré la longue liste des sujets que l’atelier devra aborder.

    Ce sont entre autres : la stratégie à mettre en place en faveur de l’épargne des migrants en vue de trouver des produits financiers mieux adaptés à ces fonds, le rôle des institutions de microfinance et des sociétés de transfert d’argent dans les opérations de transfert et la bancarisation…

    Assane Koné