• La réalité et non les fantasmes #1 chronique Cimade 63 pour RCF 16 octobre 2015

    Il subsiste aussi dans l’opinion une peur de l’invasion. Il y a environ 250 millions de personnes qui migrent dans le monde. Ce qui représente moins de 4 % de la population mondiale.

    La réalité et non les fantasmes #1 chronique Cimade 63 pour RCF 16 octobre 2015
     
    Depuis septembre, l’opinion publique s’intéresse davantage aux migrants et parmi eux, aux réfugiés. Je vais donc en profiter pour revenir sur les réalités des migrations internationales.
     
    Tout d’abord, il y a une confusion plus ou moins volontaire sur ceux dont la motivation semble être économique. Ils sont appelés migrants économiques comme pour les séparés des réfugiés. Comme s’il y avait un bon grain et une ivraie. Vous m autoriserez une petite digression à ce propos : même s’il y avait un bon grain et une ivraie, la parabole en Mt 13, 24-30 nous indique bien notre devoir : “Laissez-les croître ensemble”. Ce n’est pas à nous à trier. Mais revenons à notre sujet, les migrants dont la motivation semble être économique sont donc considérés dans certains messages médiatiques ou politiques comme des menaces. Pourtant, ils fuient eux aussi des situations où les conditions matérielles et sociales sont incompatibles avec la vie. En ce sens, ils sont forcés à la migration par les circonstances, ce qui fait d’eux une forme de réfugié, non reconnue certes mais dans les faits, ils le sont, tout comme les réfugiés climatiques. Peut-on d’ailleurs sérieusement déconnecter tout à fait les conditions économiques des conditions politiques ou climatiques ?
     
    Il subsiste aussi dans l’opinion une peur de l’invasion. Il y a environ 250 millions de personnes qui migrent dans le monde. Ce qui représente moins de 4 % de la population mondiale. 60% de ces 4 % sont en fait des migrations régionales, c’est à dire que les migrants vont dans un pays limitrophes. Ceux qui migrent vers les pays plus développés sont ceux qui ont le plus de ressources financières, intellectuelles, culturelles ou sociales. Ce n’est pas la misère du monde comme il est dit trop souvent. Ce sont certes des gens en situation de danger mais ce sont les plus entreprenants, les mieux dotés, ceux qui ont le plus de chances de réussir. La preuve se trouve dans l’importance des transferts de fond des travailleurs migrants vers les communautés d’origine. La partie visible de ces transferts représente + de 400 milliards de dollars quand l’aide au développement des pays riches vers les pays pauvres est de 125 milliards de dollars. Ce qui veut dire que les travailleurs migrants contribuent plus de 3 fois plus au développement que les pays industrialisés. Le véritable levier du développement, c’est la migration. En retour, cet argent sert à soutenir la demande intérieur, financer des investissements privés ou collectifs et il est moins captable par la corruption ou le détournement.
     
    Les désordres du monde provoquent les migrations. Dans l’incapacité à régler à court terme, politiquement, ces désordres, nous devons au moins assumer humainement leurs conséquences. Nous ne pouvons assigner à résidence ceux qui fuient des conditions invivables.
     
    porte parole Cimade 63