• Le phénomène migratoire a accompagné l'Humanité dans son Histoire. Dans la séquence historique que nous vivons, la mondialisation des échanges et la quasi-toute-puissance technicienne, les migrations prennent une part significative : "le XXIeme siècle sera celui des peuples en mouvement" affirme Antonio Guterres, haut commissaire aux réfugiés des Nations Unies. En effet, en 40 ans la proportion de la population mondiale qui vit dans un autre pays que celui de sa naissance est passé de 2 à 3 %. Faible en proportion, elle l'est moins en volume et traduit une tendance qui prend racine à la fois dans les désordres du monde et dans l'amélioration des capacités techniques. Dans un premier temps nous tenterons de dégager les caractéristiques de cette population de 200 millions d'âmes. Nous analyserons ensuite la réaction des pays receveurs et en particulier l'Europe et la France.

    I) Caractéristiques des migrations internationales

    Hier marquées par un passé colonial, les migrations internationales aujourd'hui se mondialisent, impliquent toutes les régions du globe, même les plus reculées.

    a) Raison, profil et facteurs de la migration

    Un projet migratoire se construit pour un individu ou une communauté avant tout par nécessité économique, professionnelle, politique, sanitaire ou environnementale. Ainsi l'intensité des migrations s'accroît le long des zones de fractures : Méditerranée, frontière américano-mexicaine, frontière russo-chinoise, ... Ces fractures peuvent être mises en évidence par les écarts de richesses, de démographie ou de pacification. La carte de l'indice de développement humain (IDH) du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) montre ainsi que les pays en dessous de la moyenne sont majoritairement en Afrique, alors que les pays ayant un indice de 08 à 1 sont majoritairement les pays de "Nord", le Japon et l'Australie. La carte de distribution de la richesse et de la pauvreté (selon le Revenu National Brut) corrobore les écarts constatés par la carte de l'IDH. La carte de la démographie montre une distribution quasi-inverse avec une forte croissance pour les pays du "Sud" et un centre de gravité au niveau de l'Inde et de la Chine qui détiennent toute deux une forte évolution de leur IDH sur les 10 dernières années.

    Malgré une croyance répandue, le développement ne freine pas les migrations, au contraire, au moins dans un premier temps le développement accélère les migrations qui à leur tour favorise le développement par les transferts de fonds et de compétences. Le développement apporte des moyens supplémentaires : infrastructures de transport, intensité des échanges, accessibilité et diversité des moyens de transport, amélioration du niveau d'instruction et de qualification. L'effet "Push" (démographie, pauvreté) a tendance à laisser la place à l'effet "Pull" (envie de richesse et de liberté, prise en main de son destin, exploiter ses compétences, ... ). Les migrants sont de moins en moins des ruraux analphabètes et pauvres, ils deviennent des urbains scolarisés et détenteur d'un minimum de capital financier, technique, social ou culturel pour chercher un ciel à la hauteur de leurs désirs.

    b) Grandes tendances des migrations internationales

    Le phénomène migratoire international s'accentue, sa progression est plus rapide que celle de la croissance de la population mondiale. Contrairement à l'idée reçue répandue dans les pays du "Nord", ceux-ci n'ont pas l'exclusivité de l'accueil des migrants. Seuls 40% des migrants s'installent dans des pays de l'OCDE. Beaucoup choisissent de nouvelles régions prospères comme l'Arabie Saoudite. Dans le Golfe Persique, la part des immigrés dans la population totale va de 22 à 45 %. Selon la Banque Mondiale, 80 % des migrations Sud-Sud concernent des pays limitrophes. Les pauvres restent au Sud.

    Les pays de Nord ont tendance à comprendre les flux migratoires à travers le prisme de l'histoire coloniale ou des accords bilatéraux. Pourtant, la réalité est plutôt tournée vers un caractère aléatoire des itinéraires qui obéissent à des logiques complexes et multicritères. Ainsi, il n 'est pas rare de trouver des asiatiques sur les routes d'Afrique.

    Les migrants entrant dans la catégorie des déplacés fuyant des conflits ou des violences sont autour de 25 millions. Les pays qui accueillent le plus de déplacés sont plutôt des pays voisins de ces zones : (en 2007) le Pakistan, la Syrie, l'Iran, la Jordanie. Parmi les pays riches, le pays le plus accueillant est l'Allemagne avec près de 600 000 réfugiés en 2007. En Europe, les acceptations de demandes d'asile sont passées de 85 % à 15% entre la fin des années 80 et les années 2000. Pourtant, les impacts des conflits sont les mêmes sur les individus.

    Le réchauffement climatique et les désordres environnementaux ont pour effet de créer une nouvelle catégorie de migrants réfugiés. Des îles deviennent inhabitables et ont été désertées par leur population. L'accentuation des menaces des cyclones, du manque d'eau, de baisse des production agricole ou de l'élévation du niveau marin rendent certaines régions de plus en plus hostiles à la présence humaine. Antonio Guterres affirme que pour chaque centimètre de hausse du niveau des océans, il y aura un million de déplacés dans le monde. Selon l'ONU, 20 millions de personnes se seraient déjà déplacées pour des raisons environnementales, pourtant cette catégorie n'est toujours pas prise en compte et protégée par les conventions internationales.

    La mondialisation favorise et valorise la mobilité des capitaux, des techniques, des biens et des compétences mais les migrations sont souvent redoutées. tout circule de plus en plus librement sauf les Hommes. Des inégalités se creusent selon l'endroit de la naissance, les compétences et les talents. Les migrations internationales suscitent des réflexes de protections de la part des pays riches. Pourtant ce ne sont pas eux qui accueillent "la misère du monde". L'immigration n'est ni une conquête, ni une invasion, il s'agit plutôt d'un mouvement diffus, lent et continu, peu sensible aux politiques supposées dissuasives des pays riches.

    II) Maîtriser ou réprimer ?

    Les pays riches tentent d'entraver le phénomène par des restrictions juridiques et administratives et par des moyens policiers et militaires. Alors que l'Europe a bâti son modèle économique sur l'ouverture des frontières, elle fait volte-face avec ses voisins.

    a) les politiques européennes sur l'immigration

    L'Europe des 27 compte près de 500 millions d'habitants dont plus de 25 millions d'étrangers, soit 5 % de sa population. La situation interne est contrastée : le Luxembourg a 40 % d'étrangers quand la Hongrie n'es compte que 2 %. après la crise pétrolière de 1973, l'Europe adopte la politique d'"immigration zéro". Même si aujourd'hui elle a abandonné ce concept, les efforts communautaire portent essentiellement sur les moyens d'éloignement plus que sur les moyens d'intégration et d'accueil. Les grandes étapes des politiques européennes d'immigration sont marqués par les accords de Schengen (1985), les accords de Dublin (I en 1990 et II en 2003), le traité d'Amsterdam en 1997, le conseil de Tampere en 1999 et le pacte européen en 2008.

    Les accords de Schengen ont pour effet de supprimer les frontières intérieures et renforcer les frontières extérieures, notamment par une politique de visa commune à l'espace Schengen.

    Les accords de Dublin portent que l'organisation de la demande d'asile : une seule demande sur l'espace Schengen et en priorité dans le premier pays d'entrée (réadmission), restriction de la recevabilité de la demande selon l'origine (notion de pays sûr).

    Le traité d'Amsterdam fait passer l'immigration et l'asile du troisième pilier intergouvernemental au premier pilier communautaire.

    Le Conseil Européen de Tampere jette les bases d'une politique commune de l'immigration, essentiellement en matière de lutte contre l'immigration clandestine, d'instauration d'un système européen commun d'asile, établissement d'une politique de retour forcé ou non.

    Le Pacte Européen sur l'immigration prend 5 engagements :

    1) Organiser l'immigration légale en fonction des besoins et des capacités d'accueil de chaque Etat membre.

    2) Lutter contre l’immigration irrégulière notamment en assurant le retour dans leur pays d’origine ou vers un pays de transit des étrangers en situation irrégulière

    3) Renforcer l’efficacité des contrôles aux frontières

    4) Bâtir une Europe de l'asile

    5) Créer un partenariat global avec les pays d’origine et de transit favorisant les synergies entre les migrations et le développement

    La Directive "Retour", qui a été voté en juin 2008, permet notamment de prolonger la durée de rétention jusqu'à 18 mois et n'interdit pas l'enfermement des enfants. Elle instaure une double peine de bannissement en plus de l'expulsion.

    La vision européenne est avant tout sécuritaire. Le pacte et ses 5 objectifs consiste à :

    1) réduire l'immigration familiale pour préférer l'immigration de travail

    2) limiter les régularisation au cas par cas et interdire les régularisations généralistes

    3) renforcer le rôle de Frontex (agence), utiliser les technologies de pointe pour la surveillance et l'intervention.

    4) renforcer l'examen des demandes d'asile à l'extérieur de l'espace européen et faciliter les échanges d'information sur les demandeurs d'asile.

    5) conclure des accords bilatéraux pour dissuader les migrants, contrôler les frontières en amont et faire réadmettre les migrants expulsés plus efficacement.

    l'Europe mobilise donc ses ressources pour rendre l'entrée sur son territoire de plus en plus périlleux et complexe. Plus les conditions sont complexe et plus les migrants prennent de risques.

    L'évolution du nombre de morts sur les routes migratoires qui mènent en Europe sur la période 1993 - 2009 montre qu'ils se sont déplacés de l'Est de l'Europe vers la Méditerranée et le Sahara, passent de quelques centaines à plus de 6000 en 16 ans.

    b) en France

    La France a fortement inspirée le Pacte Européen de 2008. Sa législation a connu depuis 2003 une accélération sans précédent, en 7 ans, 5 lois sont venus modifier les conditions d'entrée et de séjour des étrangers et la demande d'asile. La France n'est pas le premier pays d'immigration d'Europe, c'est l'Allemagne, par contre, le France est le plus vieux pays d'immigration. La proportion d'immigrés dans la population reste stable, autour de 7 % depuis 50 ans, quand ses partenaires européens voient cette proportion augmenter (Allemagne, Espagne, Italie, Royaume Uni) sur cette période.

    Depuis 2003, les demandes d'asile sont passées de 50000 à 33000 en 2009, avec un creux à 24000 en 2007. Les réfugiés statutaires (ceux qui ont reçu un accord à leur demande d'asile, y compris après recours) sont passés de 11000 en 2004 à 8000 en 2009 avec un creux à 7000 en 2006. Le creux des accords en 2006 peut avoir une relation avec le creux des demandes en 2007 (effet sur la population ou différent volet d'une politique restrictive en la matière). A noter la forte augmentation de la proportion des recours dans les décision d'accord : à moins d'un tiers avant 2004, ils représentent plus de la moitié des accords à partir de 2007. Preuve d'une politique endurcie.

    La progression des entrées à caractère permanent a été stabilisée à partir de 2003, pour entamer une faible baisse à partir de cette date. Ces entrées représentent 126 160 personnes en 2009 contre 141 554 en 2004. Sur cette période, l'immigration de travail est passée de 7625 à 22450 personnes. L'immigration familiale est passée de 103 112 à 78065 personnes. Ces statistiques illustrent les effets de la politique d'immigration dite "choisie" de puis 2003.

    Le droit au séjour moderne en France voit sa genèse dans l'ordonnance du 2 novembre 1945. En 1974, le Conseil des Ministres annonce la suppression de l'introduction de travailleurs immigrés. En 1976, pour la première fois, un décret fixe les conditions de regroupement familial. En 1993 est adoptée une réforme revenant sur l'automaticité de l'accès à la nationalité française des enfants étrangers nés en France. En 2003, la loi "Sarkozy" sur l'immigration modifie l'ordonnance de 1945. Elle durcit les conditions d'accès à la carte de résident et aux cartes de séjour temporaire. Elle allonge à 32 jours la durée légale de rétention administrative. En 2005, le Code d'Entrée et de Séjour des Etrangers et de la Demande d'Asile (CESEDA) vient remplacer l'ordonnance de 1945 et la loi relative au droit d'asile du 25 juillet 1952. Les conditions d'accès aux titres sont encore complexifiés. En 2006, la loi "Sarkozy II" durcit l'immigration familiale et généralise le contrat d'accueil et d'intégration et crée la carte "Compétence et Talents". En 2007, la loi "Hortefeux" impose l'apprentissage de la langue en matière d'immigration familiale. En 2010, la loi Besson, sensée transposer la Directive Retour, allonge la durée légale de rétention administrative à 45 jours, instaure un bannissement de 5 ans à toute personne faisant l'objet d'un éloignement forcé, modifie les possibilités de recours et crée les zones d'attente à géométrie variable.

    Ces modifications de la loi s'accompagne de mesure politiques et administratives allant dans le sens d'un contrôle sécuritaire et d'une politique d'enfermement et d'expulsion. En 2008, la mission de la société civile pour défendre le droit des retenus devient un marché divisé en 8 lots géographiques, ce qui a pour effet d'affaiblir l'action de cette société civile. Les places en Centre de Rétention ont triplé sur la période 2003-2009. Les objectifs d'éloignement sont passés de 17000 en 2007 à 28000 en 2009. Pour atteindre ces chiffres, il faut prononcer 5 mesures d'éloignement pour qu'une seule soit effectuée. Ce qui fait plus de 100 000 arrestations par an, ce qui implique des opérations de police d'envergures, bouclage de quartier, contrôle d'identité systématique, ...

    Si la politique poursuivie atteint les effets escomptés, c'est au prix d'une dévaluation du respect des droits et libertés fondamentaux et de la place de la société civile dans le processus de gouvernance. La Cour Européenne des Droits de l'Homme est à l'origine de nombreuses remises en question de décision de rétention ou d'éloignement.

    Conclusion

    Les migrations internationales ne sont pas un phénomène temporaire et localisé, maîtrisable. Il est inhérent aux transformations que subit le monde. Mobiliser l'essentiel des ressources allouées à lutter contre les effets paraît vain, voir stupide. Si les portes officielles se ferment, les migrants trouvent d'autres moyens, même irréguliers, pour parvenir à leurs objectifs : réussir sa vie et se mettre en sécurité économique, politique, sociale, ou sanitaire. La difficulté et la dangerosité n'ont pas d'impact sur la décision de migrer. Les conditions juridiques et administratives en ont d'autant moins ! La question de l'utilisation des fonds publics se posent alors. Faut-il investir autant dans quelque chose vouée à l'échec ? Les migrants qui atteignent l'Europe sont ceux qui ont le plus de capital financier, technique, relationnel, culturel, social. Les puissances publiques n'auraient-elles pas intérêt à investir dans cette richesse par l'intégration plutôt que de la refouler ? Cet intérêt n'est il pas d'ordre démographique, économique, culturel et social ? Le durcissement des conditions d'entrée et de séjour favorise la sédentarisation. Mais est-ce là le véritable projet migratoire ? Si la libre circulation est facteur de richesse, pourquoi ne pas penser la possibilité d'aller et venir librement pour cette catégorie de migrant ?

     

    Bibliographie :

    - Rapport SOPREMI "immigration et présence étrangère en France en 2009"

    - "La France sait-elle encore intégrer les immigrés ? Bilan de la politique d'intégration en France depuis 20 ans et perspectives" Avis (confidentiel) du Haut Conseil à l'Intégration, avril 2011

    - Rapport de la Cour des Comptes sur l'Intégration, Novembre 2004

    - Atlas Mondial des Migrations, Hors Série 2008, Le Monde & La Vie

    - Atlas des Migrations en Europe, Migreurop, septembre 2009

    - Atlas Mondial des Migrations, Revue Autrement, juin 2009

    - Etat des lieux 2009, la CIMADE

    - Europe et Migration, Emmanuel BOUHIER, mai 2009

    - "L'Europe doit-elle avoir peur de l'immigration ?", association NOUVELLE REPUBLIQUE

    - "Enfermer, Expulser, Tout est permis", introduction du rapport CIMADE 2009 sur les Centres de Rétention Administrative

    - 7ème rapport au Parlement "Les Orientations de la Politique de l'Immigration et de l'Intégration"


  • Article dans COURRIER INTERNATIONAL

    http://www.courrierinternational.com/article/2010/12/02/les-tres-bons-comptes-de-l-immigration

     

    Les immigrés sont une très bonne affaire pour l’économie française : ils reçoivent de l’Etat 47,9 milliards d’euros, mais ils reversent 60,3 milliards. Autant dire un solde positif de 12,4 milliards d’euros pour les finances publiques, qui ne représente pourtant que la part monétaire de transferts bien plus importants. Dans ce pays de 64,7 millions d’habitants, 6,5 millions de Français comptent au moins un immigré dans leur famille. Les chiffres de l’immigration légale sont très fluctuants. En France, on recense environ 5,3 millions de résidents étrangers avec leurs familles. 

    Une équipe de chercheurs de l’université de Lille, sous la direction du Pr Xavier Chojnicki, a réalisé pour le compte du ministère des Affaires sociales une étude sur les coûts de l’immigration pour l’économie nationale. Travaillant sur des chiffres officiels, les chercheurs ont décortiqué tous les grands postes de transfert des immigrés. Il en ressort un solde très positif. Les chercheurs ont remis leur rapport en 2009, au terme de trois ans d’études. Les 47,9 milliards d’euros que coûte l’immigration au budget de l’Etat (2009) sont ventilés comme suit : retraites, 16,3 milliards d’euros ; aides au logement, 2,5 milliards ; RMI, 1,7 milliard ; allocations chômage, 5 milliards ; allocations familiales, 6,7 milliards ; prestations de santé, 11,5 milliards ; éducation, environ 4,2 milliards. 

    De leur côté, les immigrés reversent au budget de l’Etat, par leur travail, des sommes beaucoup plus importantes : impôt sur le revenu, 3,4 milliards d’euros ; impôt sur le patrimoine, 3,3 milliards ; impôts et taxes à la consommation, 18,4 milliards ; impôts locaux et autres, 2,6 milliards ; contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS) et contribution sociale généralisée (CSG), 6,2 milliards ; cotisations sociales, environ 26,4 milliards d’euros. 

    A ce solde positif de quelque 12,4 milliards d’euros il faut ajouter d’autres revenus pas toujours monétaires, mais d’une grande importance sociale et économique : les immigrés occupent l’immense majorité des emplois dont les Français ne veulent pas, et 90 % des autoroutes ont été et sont construites et entretenues avec de la main-d’œuvre étrangère. Sans immigrés, les prix à la consommation (produits agricoles et autres) seraient bien plus élevés, la main-d’œuvre étrangère étant bien moins payée. 

    La comptabilité réalisée par les chercheurs de l’université de Lille fait ressortir aussi de profonds changements sociaux. Majoritairement jeunes, les immigrés sont de grands consommateurs : comme nous venons de le voir, ils versent environ 18,4 milliards d’euros à l’Etat sur leurs dépenses personnelles, notamment en TVA. Les immigrés ont modifié en profondeur le sport et les arts populaires français : la grande majorité des footballeurs de haut niveau sont issus de l’immigration, et les artistes d’origine immigrée, noirs et maghrébins, peuplent le Top 50 de la chanson populaire. 

    Parallèlement, de nombreux métiers, en particulier dans les services, ne fonctionnent en France que grâce à l’immigration. Plus de la moitié des médecins hospitaliers dans les banlieues sont étrangers ou d’origine étrangère. Pas moins de 42 % des travailleurs des entreprises de nettoyage sont des immigrés. Plus de 60 % des ateliers de mécanique automobile de Paris et de la région parisienne appartiennent à des mécaniciens et petits entrepreneurs d’origine étrangère. 

    Dans un domaine aussi crucial que l’avenir du système des retraites, les immigrés jouent un rôle des plus favorables. Le très officiel Comité d’orientation des retraites est parvenu à cette conclusion : “L’entrée de 50 000 nouveaux immigrés par an permettrait de réduire de 0,5 point de PIB le déficit des retraites.” 

    Xavier Chojnicki commente ces résultats en ces termes : “Il s’agit d’un processus historique lié à la structure de la population immigrée, majoritairement jeune. Comme ils sont peu qualifiés, les immigrés sont très souvent au chômage. Mais ils dépensent aussi beaucoup et sont très entreprenants. Les pensions que nous versons aux retraités sont plus que compensées par la consommation et les cotisations sociales que paient les plus jeunes, parmi lesquels on trouve des gens très dynamiques.”

     



  • http://blogs.lesechos.fr/article.php?id_article=3976

     

    Les estimations du Conseil d’Orientation des Retraites supposent que la France accueille environ 30.000 migrants de plus par an ; l’arrivée d’un plus grand nombre de jeunes qualifiés pourrait rajeunir la population active sans augmenter le chômage.

    Le financement des retraites est au coeur du débat public. Le Parti socialiste vient de présenter son plan, qui prévoit notamment la suppression des niches fiscales et la taxation des banques. Pourtant un sujet est notablement absent du débat public : l’apport significatif des migrants.

    Que peut apporter l’immigration à l’équilibre de notre système de retraite ?
    Réfutons d’abord quelques idées reçues.

    La France n’est pas submergée par des migrations démesurées. La France est le pays d’Europe qui repose le moins sur l’immigration pour assurer sa croissance démographique. Hervé Le Bras, démographe, a montré qu’en raison de l’émigration des jeunes français, les flux migratoires nets sont pratiquement nuls. En un mot, les flux migratoires pourraient croître significativement et durablement pour être au niveau des flux de nos voisins européens.

    Ensuite, l’immigration ne crée pas le chômage. Une étude détaillée de la croissance et de l’immigration vers les pays de l’OCDE sur une période de 25 ans, entre 1980 et 2005, réalisée par Francesc Ortega et Giovanni Peri, de l’Université de Pompeu Fabra, montre que les migrations ont permis d’augmenter le taux d’emploi sans augmenter le chômage -- les travailleurs immigrés créent de la richesse, payent des cotisations sociales, et consomment.

    Alors, concrètement, quel peut être l’apport des migrants a l’équilibre du système de retraite ? Les simulations du Conseil d’Orientation des Retraites font l’hypothèse d’un flux migratoire de 100.000 migrants par an. C’est supérieur au flux migratoire annuel entrant en France, de l’ordre de 70.000 personnes par an en 2009. Les estimations du Conseil d’Orientation des Retraites supposent donc que l’on accueille environ 30.000 migrants de plus par an jusqu’en 2050.

    Nous pourrions aller plus loin. En 2050, avec un flux migratoire de 150.000 migrants par an, les simulations de l’INSEE ont montré que la population serait plus jeune, et que la proportion de plus de 60 ans n’augmenterait pas - plus de cotisants, sans avoir proportionnellement plus de retraités. Si nous savons tirer parti des qualifications des étrangers attirés par la France, les migrants rajeuniraient la population sans augmenter notre taux de chômage.

    Les gouvernements successifs ont plutôt accepté le fait qu’en France l’immigration est une immigration de regroupement familial plutôt qu’une immigration de travail. Alors qu’il est possible d’accroître l’immigration de travail en la fondant sur les qualifications et l’âge des entrants, comme le font le Canada, l’Australie, et la Grande Bretagne.

    Pourquoi donc ce silence sur l’apport des migrations à nos retraites ? Ce silence n’a pas de fondement.


  • http://www.lesechos.fr/info/france/020547416436-les-demandeurs-d-emploi-etrangers-vont-beneficier-d-un-suivi-personnalise.htm

     

    L'emploi est le premier facteur d'intégration pour les étrangers. Or près de 30 % des immigrés sont au chômage. Pour remédier à cette situation, rappelée par le ministre de l'Immigration, Pôle emploi et l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) ont signé, hier, une convention qui vise à mettre en place un suivi personnalisé des demandeurs d'emploi qui ne sont pas originaires de l'Union européenne. Depuis le 1 er janvier 2007, les étrangers arrivant pour la première fois en France signent avec l'Etat un contrat d'accueil et d'intégration qui leur permet notamment de bénéficier d'un bilan de compétences. L'an passé, plus de 100.000 personnes ont signé un tel contrat et 55.000 se sont vu prescrire un bilan de compétences. Si 21 % des bénéficiaires de ce dispositif se sont révélés directement « employables », selon les chiffres de l'Ofii, 26 % ont besoin d'une formation, notamment pour améliorer leur niveau en langue française.

    Améliorer le suivi statistique

    Trois mois après leur bilan de compétences, 21 % des bénéficiaires déclarent avoir décroché un emploi, en grande partie dans le secteur des services à la personne et dans le BTP. Parmi eux, la moitié ont obtenu un CDD, 30 % un CDI et 18 % sont en intérim. Des chiffres encourageants mais que le ministère souhaite améliorer avec l'aide de Pôle emploi.

    La convention signée hier prévoit ainsi la mise en place d'un « référentiel partagé des qualifications professionnelles acquises dans le pays d'origine » et une meilleure identification des offres d'emploi non satisfaites qui peuvent être proposées à des professionnels étrangers. En outre, le suivi statistique du parcours d'accès à l'emploi des étrangers devrait être amélioré par une mise en commun des fichiers de l'Ofii et de Pôle emploi. L'adaptation nécessaire des systèmes d'information des deux opérateurs ne permet toutefois pas d'espérer une mise en oeuvre avant 2011.

    La signature de cette convention intervient au moment même où le ministère tente de résoudre un autre sujet épineux, celui des travailleurs sans papiers. Alors qu'une réunion s'est tenue la semaine dernière avec les syndicats, le ministère du Travail et celui de l'Immigration, Eric Besson a rappelé hier son opposition à toute évolution des critères de régularisation fixés par la circulaire du 24 novembre 2009 : « Il est hors de question de rouvrir des négociations sur le sujet. La circulaire est assez généreuse et pragmatique. » Le ministre a en outre précisé que le projet de loi qu'il a présenté en Conseil des ministres le mois dernier, prévoyant des sanctions alourdies pour les entreprises employant des salariés sans titre de séjour, serait discuté à partir de septembre par les parlementaires.

    MARIE BELLAN, Les Echos

  • http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/04/15/promotion-sociale-des-milieux-populaires-les-immigres-en-exemple-par-bruno-vincent_1334352_3232.html

     

    Le débat sur l'identité nationale organisé par le gouvernement ces derniers mois a inexorablement dérivé vers des prises de position peu transparentes sur la place des étrangers et des personnes issues de l'immigration en France. Et pour cause : ce chiffon rouge est bien souvent brandi à des fins électoralistes. Or le brouhaha médiatico-politique est tout sauf profitable à l'analyse sereine d'un sujet aussi sensible. Maintenant que l'agitation est retombée, revenons sur quelques vérités, trop largement occultées.

    Plusieurs études sociologiques récentes, comme celle de Claudine Attias-Donfut et François-Charles Wolff ou celle de D. Place et B. Vincent, viennent bousculer la vision communément partagée d'une intégration manquée des populations immigrées en France. Cette vision biaisée repose sur une représentation uniformisante, et bien sûr fausse, de ce qu'est la population immigrée : une population qui serait pauvre, d'origine africaine, souvent musulmane et incapable de s'intégrer à la société française. Cette perception de la réalité fait fi de toute la dynamique dans laquelle s'inscrivent, pour la majorité d'entre elles, les populations immigrées.

    Les personnes qui émigrent quittent bien souvent leur pays d'origine à la recherche de conditions de vie meilleures : rien d'étonnant, donc, à ce que ces personnes et leurs enfants fassent partie des franges les plus démunies de la population française. Rien d'étonnant non plus à ce que les personnes dont les deux parents sont nés à l'étranger soient alors deux fois plus fréquemment sans diplôme que celles dont les deux parents sont nés en France.

    Loin d'être le signe d'une intégration défaillante, ce chiffre n'est que le reflet des difficultés sociales rencontrées plus globalement par les franges les plus défavorisées de la population. Mettre en parallèle les trajectoires de personnes qui proviennent de milieux socio-économiques similaires permet alors de prendre réellement la mesure de la dynamique d'intégration des populations immigrées : un enfant d'ouvrier immigré par rapport à un enfant d'ouvrier français, un enfant de cadre immigré par rapport à un enfant de cadre français.

    Ce travail statistique conduit à démontrer qu'à caractéristiques socio-économiques identiques, les enfants dont les deux parents sont nés à l'étranger réussissent très significativement mieux à l'école que les enfants de parents nés en France.

    Ce constat va clairement à l'encontre d'une opinion communément admise d'un échec de l'intégration des populations ayant des origines étrangères. Ces populations investissent fortement dans l'école pour leurs enfants. Elles partent certes souvent du bas de l'échelle sociale, mais allient à leur mobilité géographique initiale une volonté forte d'ascension sociale intergénérationnelle. Cet effort pour s'élever socialement est un signe incontestable de leur progressive intégration à la société française, ce qui est déjà en soi une réussite.

    Dès lors, le fait que le parcours scolaire et l'insertion professionnelle des personnes issues de l'immigration restent difficiles tient moins à leur origine étrangère qu'à leur origine sociale : elles appartiennent majoritairement aux milieux populaires. La véritable question à se poser aujourd'hui n'est donc pas tant celle de l'intégration des immigrés que celle, beaucoup plus large, de notre incapacité actuelle à promouvoir l'ascension sociale des personnes issues de milieux populaires, et ce quelles que soient leurs origines géographiques. Arrêtons donc de stigmatiser les populations issues de l'immigration en leur enjoignant de s'intégrer alors que c'est ce qu'elles s'évertuent à faire au quotidien pour la grande majorité d'entre elles. Ne nous trompons pas de débat.

    Bruno Vincent est co-auteur de l'étude "L'influence des caractéristiques socio-démographiques sur les diplômes et les compétences", dans la revue "Economie et Statistique" publiée par l'Insee.

     

    http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/04/15/promotion-sociale-des-milieux-populaires-les-immigres-en-exemple-par-bruno-vincent_1334352_3232.html





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