• La Croix-Rouge est chargée du fichage des Roms dans la capitale italienne

    LE MONDE | 15.07.08 | 14h47  •  Mis à jour le 15.07.08 | 14h47

    Après ceux de Naples et de Milan, les habitants des camps nomades de Rome vont aussi être fichés. Dans la capitale italienne, ce sont les opérateurs de la Croix-Rouge, avec le soutien de médiateurs culturels, qui sont chargés de faire le recensement. Celui-ci doit débuter dans l'un des 50 camps sauvages de la ville au cours de la semaine.

    Lundi 14 juillet, le ministre de l'intérieur, Roberto Maroni, a annoncé la poursuite de l'opération. Pas question, selon lui, de "se faire impressionner par les critiques" et le tollé provoqué en Italie et en Europe. Jeudi 10 juillet, le Parlement européen avait adopté une résolution réclamant la fin de ce recensement jugé discriminatoire, sa pratique constituant "un acte de discrimination directe" fondé sur la race et l'origine ethnique.

    Le gouvernement a rejeté avec fermeté ces accusations de racisme. Le ministre des affaires européennes, Andrea Ronchi, a estimé que la résolution du Parlement constituait "l'un des pires aspects de la politique de l'UE (Union européenne)". Le ministre de l'intérieur et haut responsable de la Ligue du Nord, mouvement populiste et xénophobe, a indiqué, lui, que "le recensement des Roms permet de protéger leurs enfants contre des abus, comme la mendicité, et de favoriser leur scolarité". Lundi 14 juillet, il a même prévenu que, selon lui, le modèle de recensement italien finira par être reconnu et adopté par les autres pays européens, afin d'affronter au mieux la question des nomades.

    M. Maroni a annoncé qu'un premier rapport sur le recensement sera envoyé à la Commission européenne d'ici à fin juillet et que, pour la mi-octobre, toutes les opérations seront complétées. Débutera alors, toujours selon le ministre, le deuxième volet du recensement, soit "la scolarisation des enfants" et "la fermeture des campements sauvages".

    A Rome, les fiches seront conservées dans les archives de la Croix-Rouge. Le relevé des empreintes digitales pour les mineurs n'est pas prévu, tout comme les cases "ethnie" et "religion", présentes dans les fiches distribuées à Naples, et qui devraient disparaître. Seules figurent informations d'état civil, sanitaires et biométriques. Chacun des nomades fichés recevra une carte. Elle servira à l'accès aux principaux services publics. La carte pour enfants contiendra aussi des informations sur leur scolarisation.

    La Croix-Rouge et les médiateurs culturels ne seront, cependant, pas seuls. Des carabiniers, en civil, suivront les opérations et s'occuperont de ceux qui ne voudraient pas fournir les informations demandées. Quant à ceux qui ont des antécédents judiciaires, ils pourront être expulsés en tant que "personnes dangereuses".

    Salvatore Aloïse

    Article paru dans l'édition du 16.07.08.



    Le Parlement européen condamne le fichage des Roms en Italie

    LEMONDE.FR : Article publié le 10.07.08

    Le ton monte entre le Parlement européen et le gouvernement italien depuis l'annonce, le 25 juin, d'une collecte d'empreintes digitales de la population rom en Italie. Jeudi 10 juillet, le Parlement européen a adopté une résolution réclamant la fin de ce recensement, jugé discriminatoire, une position violemment critiquée par Rome.

    "La résolution du Parlement européen d'aujourd'hui est l'un des pires aspects des institutions de l'UE", s'est insurgé Andrea Ronchi, le ministre des affaires européennes italien, devant l'Association de la presse étrangère à Rome. "Nous repoussons avec force et indignation les accusations de racisme", a-t-il ajouté.

    "ACTE DE DISCRIMINATION"

    Roberto Maroni, ministre de l'intérieur et membre de la Ligue du Nord, a immédiatement renchéri sur les propos de son collègue : "Nous sommes indignés par la résolution votée par le Parlement européen (...). Le gouvernement italien ira jusqu'au bout", a-t-il promis, avant d'expliquer que le recensement des Roms permettait de protéger leurs enfants contre des abus, comme la mendicité, et favoriserait leur scolarité.

    A Strasbourg, les eurodéputés ont estimé que cette pratique constituait "un acte de discrimination directe" fondé sur la race et l'origine ethnique, une mesure interdite par l'article 14 de la Convention européenne des droits de l'homme. Malgré l'opposition de la droite européenne, ils ont voté une résolution réclamant la fin de ce recensement, adoptée par 336 voix contre 220 et 77 abstentions.

    avec AFP