• L’intelligence du Bulldozer Chronique Cimade63 du 4 mars 2016 pour RCF

     

    Il y a un petit côté Sisyphe dans le traitement du dossier des bidonvilles de migrants proches de Calais. Les gouvernements passent, l’Histoire se répète, ça a commencé avec Sangatte et depuis nous sommes prisonniers du mouvement de balancier : chasse aux migrants, bidonville, bulldozer, chasse aux migrants, bidonville, bulldozer… Comme si les événements butaient sur les limites de l’intelligence humaine… Normalement, quand on expérimente quelque chose qui ne marche pas ou qui fait plus de tords que de biens, on expérimente autre chose, comme un enfant qui se brûle la première fois qu’il joue avec le feu… Ca c’est ce que voudrait l’intelligence, de toute évidence, l’intelligence a déserté les lieux. Il y avait une lueur d’espoir avec la circulaire qui posait le principe d’une concertation préalable avec la société civile avant toute expulsion pour co-construire les solutions de relogement. L’intelligence de ce principe n’a malheureusement pas tenu face à la bêtise de la logique « hé oh hein bon, c’est moi le plus fort d’abord, c’est moi qui décide, c’est comme ça et c’est pas autrement ». Nous sommes loin de l’intelligence collective…

     

    Les bulldozers ne peuvent pas tenir lieu de politique. Cela n’implique évidemment pas de nous accommoder d’une « jungle ». Personne ne saurait accepter le maintien en l’état du bidonville de Calais. Personne ne peut se satisfaire de voir des réfugiés contraints de survivre dans de tels lieux.
    Depuis des années, nous ne cessons d’ailleurs de dénoncer l’indignité de ces conditions de vie, comme l’a fait également Jacques Toubon, le Défenseur des droits, l’été dernier. Plus récemment, le tribunal administratif de Lille a même condamné l’État à procéder en urgence à des améliorations, décision confirmée par le Conseil d’État.
    Pour autant, il n’est pas question non plus de cautionner l’évacuation annoncée, non seulement parce qu’elle est inhumaine, mais aussi parce qu’elle ne résoudra rien. Chasser les habitants d’une large partie du bidonville, y faire passer des bulldozers et détruire tout ce qui, dans la précarité et avec les moyens du bord, a été construit au fil des mois : à quoi bon ?

     

    La politique du bulldozer ajoute de la violence sociale à la violence sociale, de la précarité à la précarité, elle ne fait qu’amplifier le problème. Les autorité s’offrent un répit à court terme mais posent les conditions d’une aggravation de la situation à moyen terme. Faut-il être bête pour ne pas le voir ?! Une politique intelligente et responsable consisterait à considérer les vulnérabilités de ces publics et à y répondre par des politiques sociales adaptées et une politique de régularisation à la hauteur des enjeux. Et non, ça ne provoquerait pas d’appel d’air, l’effet appel d’air n’existe que par l’égoïsme général et les politiques répulsives majoritaires en Europe : si tout le monde accueillait, les réfugiés ne se focaliseraient pas vers le seul pays qui affiche une politique d’hospitalité. Et entre nous, les réfugiés ne viennent pas parce que nous sommes accueillant, ils viennent parce qu’ils n’ont plus de chez eux, l’accueil n’est donc pas une option, c’est une exigence morale.

    Emmanuel BOUHIER

    Porte Parole cimade63

     

    http://www.lacimade.org/nouvelles/5760-Calais---Les-bulldozers-ne-font-pas-une-politique--

     


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