• L'immigration nuit-elle aux nationaux ?

    sur les Echos  PHILIPPE ASKENAZY est professeur associé à l'Ecole d'économie de Paris

    L'Espagne, l'Italie ou les Pays-Bas régularisent ou ont régularisé la situation de plus de 1 million d'immigrés. Avant la récente restriction des flux, la Grande-Bretagne avait accueilli en deux ans plus d'un demi-million de travailleurs. La France se distingue donc par le positionnement constant de sa classe politique. La campagne présidentielle a confirmé un projet de répression et de fermeture, sauf pour certains qualifiés à droite, un traitement au cas par cas à gauche. Pourtant, dans les enquêtes comme l'European Social Survey, les Français ne sont pas moins favorables à l'immigration que leurs voisins et n'ont pas une identité nationale plus exacerbée.
    Depuis trente ans, les partis de gouvernement voient dans l'immigration une menace économique (« La France ne devrait pas avoir autant de chômeurs puisqu'elle compte plus de 1 million d'immigrés », disait Jacques Chirac en 1976) [...]
    Au total, ses calculs suggèrent que l'immigration n'a ni produit de départs significatifs vers d'autres Etats ni réduit les opportunités d'emploi. En revanche, les qualifiés bénéficieraient de rémunérations supérieures de 4 %. Même les natifs non qualifiés y auraient faiblement gagné. La complémentarité serait donc validée pour les nationaux. Seuls les immigrés de fraîche date subiraient la concurrence des nouveaux venus. Ces résultats montrent que l'immigration est un phénomène économiquement complexe que des schémas simples travestissent.[...]

    L'ARTICLE