• Frontex, Lampedusa, la mort pour héritage. Chronique Cimade 63 sur RCF 25 oct

    Frontex a déjà fait l'objet de plusieurs chroniques cimade à cette antenne (RCF). Rappelons que c'est une agence qui met en commun des moyens policiers et militaires pour garder les frontières extérieurs de l'Europe. Depuis le drame récent à Lampedusa où 400 migrants ont trouvé la mort, Frontex soigne sa communication en grimant son action par les atours de l'action humanitaire de sauvetage. Il n'en est rien. Son objet est clair : garder les frontières, empêcher les arrivées. 

    En fermant une à une les portes de l'Europe, jusqu'à construire des murs de séparation entre la Grèce et la Turquie ou encore à Ceuta et à Melila, les institutions européenne via Frontex contribuent fortement à rendre les routes migratoires mortelles. Les morts sur ces routes connaissent une croissance exponentielle : de quelques centaines à l'est de l'Europe dans les années 80, ils passent à plusieurs milliers au cours des dernières années en méditerranée.

    Les mécanismes de cette migration sont connus : déséquilibre économique, social, politique et sanitaire du monde, volonté de réussite, amélioration technique des transports, accélération des échanges. La migration humaine est un phénomène intrinsèque de la mondialisation. Pourquoi les biens et les capitaux pourraient circuler quasi-librement et pas les hommes ? Un humain vaut-il moins qu'un jouet fabriqué en Asie ?

    Les efforts budgétaires aujourd'hui se portent sur la fermeture des frontières et non sur l'inclusion et l'intégration des arrivants. Le budget de Frontex est passé ainsi de 6 M€ en 2005 à presque 120 M€ en 2011.

    Frontex devient un champ d'expérimentation pour les nouvelles technologies de surveillance et de contrôle des populations qui demeurent un risque pour nos libertés. Cette logique de chasse aux arrivants amène même à corrompre les traditions de solidarité maritime, les équipages qui viennent en aide aux naufragés indésirables sont sanctionnés. Cette politique participe donc de notre déshumanisation.

    Si les morts ne suffisaient pas, la fermeture des frontières et la dangerosité des routes favorisent le crime organisé qui fait de l'immigration sa seconde activité avec une évaluation à 4 milliards d'euros.

     

    La politique de fermeture de l'Europe est responsable des morts, des atteintes aux libertés et du développement du crime organisé.

    Il faut arrêter cette logique de Shadock : "Si ça ne marche pas, c'est qu'on en fait pas assez." Il faut au contraire consacrer nos ressources financières à des politiques alternatives plus efficaces et plus humaines.

     

    N'attendons pas le prochain naufrage. 

     

     

     

    Emmanuel BOUHIER

    Porte-parole CIMADE 63

     

     

     

    sources :

     

    http://pear.ly/csocD

    http://blog.francetvinfo.fr/classe-eco/2013/10/13/sur-les-plages-de-lampedusa.html

    http://www.frontexit.org/fr/a-propos/frontex

    http://cimade63.blogg.org/date-2013-10-15-billet-1497851.html

    http://www.blogg.org/blog-58823-billet-le_mur_de_la_honte-1297322.html

    http://www.frontex.europa.eu/

    http://www.pressafrik.com/Rome-lance-l-operation-Mare-Nostrum-pour-mieux-controler-l-immigration-clandestine_a113618.html