• Equilibre de notre système de retraite : et les migrations ?

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    Les estimations du Conseil d’Orientation des Retraites supposent que la France accueille environ 30.000 migrants de plus par an ; l’arrivée d’un plus grand nombre de jeunes qualifiés pourrait rajeunir la population active sans augmenter le chômage.

    Le financement des retraites est au coeur du débat public. Le Parti socialiste vient de présenter son plan, qui prévoit notamment la suppression des niches fiscales et la taxation des banques. Pourtant un sujet est notablement absent du débat public : l’apport significatif des migrants.

    Que peut apporter l’immigration à l’équilibre de notre système de retraite ?
    Réfutons d’abord quelques idées reçues.

    La France n’est pas submergée par des migrations démesurées. La France est le pays d’Europe qui repose le moins sur l’immigration pour assurer sa croissance démographique. Hervé Le Bras, démographe, a montré qu’en raison de l’émigration des jeunes français, les flux migratoires nets sont pratiquement nuls. En un mot, les flux migratoires pourraient croître significativement et durablement pour être au niveau des flux de nos voisins européens.

    Ensuite, l’immigration ne crée pas le chômage. Une étude détaillée de la croissance et de l’immigration vers les pays de l’OCDE sur une période de 25 ans, entre 1980 et 2005, réalisée par Francesc Ortega et Giovanni Peri, de l’Université de Pompeu Fabra, montre que les migrations ont permis d’augmenter le taux d’emploi sans augmenter le chômage -- les travailleurs immigrés créent de la richesse, payent des cotisations sociales, et consomment.

    Alors, concrètement, quel peut être l’apport des migrants a l’équilibre du système de retraite ? Les simulations du Conseil d’Orientation des Retraites font l’hypothèse d’un flux migratoire de 100.000 migrants par an. C’est supérieur au flux migratoire annuel entrant en France, de l’ordre de 70.000 personnes par an en 2009. Les estimations du Conseil d’Orientation des Retraites supposent donc que l’on accueille environ 30.000 migrants de plus par an jusqu’en 2050.

    Nous pourrions aller plus loin. En 2050, avec un flux migratoire de 150.000 migrants par an, les simulations de l’INSEE ont montré que la population serait plus jeune, et que la proportion de plus de 60 ans n’augmenterait pas - plus de cotisants, sans avoir proportionnellement plus de retraités. Si nous savons tirer parti des qualifications des étrangers attirés par la France, les migrants rajeuniraient la population sans augmenter notre taux de chômage.

    Les gouvernements successifs ont plutôt accepté le fait qu’en France l’immigration est une immigration de regroupement familial plutôt qu’une immigration de travail. Alors qu’il est possible d’accroître l’immigration de travail en la fondant sur les qualifications et l’âge des entrants, comme le font le Canada, l’Australie, et la Grande Bretagne.

    Pourquoi donc ce silence sur l’apport des migrations à nos retraites ? Ce silence n’a pas de fondement.