• Emploi : le parcours du combattant des immigrés

    http://www.lesechos.fr/info/france/020206775444-emploi-le-parcours-du-combattant-des-immigres.htm#

     

    Le faible niveau de formation, des diplômes non reconnus et l'insuffisante maîtrise du français expliquent, selon l'Insee, les difficultés des étrangers à trouver un emploi. Bien plus que les discriminations à l'embauche.

    Les immigrés ont beaucoup plus de mal que les Français à trouver du travail. C'est le constat fait par l'Insee dans une étude rendue publique la semaine dernière et portant sur les seuls étrangers arrivés dans l'Hexagone après l'âge de dix-huit ans (70 % de la population immigrée). Le taux de chômage de cette population est presque deux fois plus élevé que celui des non-immigrés : 12,7 % des hommes sont dans cette situation en 2008 contre 6,2 % des non-immigrés, et 14,3 % des femmes contre 7,6 %. De plus, ces étrangers se voient confier le plus souvent des tâches peu qualifiées : 38 % de ceux qui ont un emploi sont ouvriers ou employés non qualifiés, contre 19 % pour les non-immigrés.

    Ce retard est avant tout lié au faible niveau de formation. Ainsi, près de la moitié de ces étrangers ont un diplôme de niveau enseignement primaire ou aucun diplôme, contre un sur cinq chez les non-immigrés. Mais cela n'explique pas tout : alors qu'un quart des immigrés disposent d'un diplôme de l'enseignement supérieur, une proportion identique à celle des Français, ils sont près de trois fois plus exposés au chômage.

    De même, alors que 13,5 % des immigrés masculins diplômés du secondaire pointent à Pôle emploi, ce taux n'est que de 6 % chez les non-immigrés dotés du même niveau de formation. « Le niveau de diplôme des immigrés les protège peu face au chômage »,analyse Olivier Monso, chargé d'études à l'Insee.

    Plusieurs raisons expliquent ce phénomène. Tout d'abord, les employeurs français connaissent mal les diplômes étrangers et hésitent à leur porter crédit. Les immigrés ont, certes, la possibilité de faire reconnaître leurs qualifications via des démarches administratives, mais ces possibilités ne sont exploitées que par un étranger sur dix.

    Discrimination à l'embauche

    Autre explication, le niveau de langue. Alors que le ministre de l'Immigration, Eric Besson, a fait part récemment de son intention d'élever le niveau de français requis pour les candidats à la nationalité, un immigré sur cinq se dit gêné « par la maîtrise de la langue française pour travailler comme ils le souhaiteraient ». Facteur handicapant, seuls 16 % des immigrés arrivés après dix-huit ans comptent le français comme langue maternelle. De quoi les obliger à prendre des cours : 41 % des immigrés n'ayant pas le français comme langue maternelle et signalant des difficultés de langue pour travailler ont suivi une formation linguistique dans les deux ans suivant leur arrivée en France.

    Quant à la discrimination à l'embauche, elle ne semble pas constituer, selon l'étude, un facteur d'exclusion du marché du travail. Ainsi, seuls « 8 % des immigrés estiment qu'un emploi leur a déjà été refusé de façon injuste en raison de leur origine ». Reste que ce sentiment est particulièrement fort chez les immigrés originaires d'Afrique subsaharienne. Et qu'il n'est pas forcément représentatif : « Nombre d'études ont déjà montré que ce sont avant tout les immigrés de seconde génération qui se sentent exclus » , rappelle Olivier Monso.

     

    M. A., Les Echos

     

    ETUDE INSEE http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1262