• DES PONTS, PAS DES MURS ! Chronique cimade du 19 mars 2012 sur RCF

    Arno Klarsfeld vient de faire une proposition détonante, surprenante, inquiétante même. De par la nature de la proposition et de par la personnalité, et la nature des fonctions qu’il occupe.

     

    La proposition est d’autant surprenante que M. Klarsfeld est président de l’OFII : l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration. Cet office est censé organiser l’hospitalité de notre pays envers les étrangers. Avec une telle conception de l’étranger, nous sommes en droit de nous inquiéter sur la qualité de cette hospitalité ! Cet homme est aussi fils de déporté juif. Comment, par effet miroir, ne pas faire le parallèle, même trop rapide, même maladroit, avec la Shoah et avec le mur qui sépare Israël de la Palestine ? Les mots, dans cette bouche-là, sont encore plus insupportables.

     

    Sur une chaine d’information continue, il a fait la proposition d’ériger un mur sur la frontière gréco-turque de 130 km de long, prenant exemple sur ce qui se passe aux Etats Unis d’Amérique sur la frontière avec le Mexique.

     

    L’exemple des USA est-il un modèle en la matière ? Des milices privées patrouillent le long de cette frontière surveillée par des caméras et obstruée par des grillages et barbelés. Ce genre de dispositif ouvre la porte à tous les débordements et dérapages possibles. Cette politique a exacerbé les tensions sociales jusqu’à obliger les latinos à organiser une « journée sans eux » qui a produit des manifestations géantes à Los Angeles et à San Francisco. Ils ont ainsi montré leur importance pour le bien du pays d’accueil. Faut-il suivre ce chemin ? Faut-il jeter le trouble dans nos communautés ? En érigeant de tel Mur, la menace est identifiée : c’est l’étranger. Un Mur ça sert à séparer, à diviser. Un Mur ça sert à restreindre de fait les droits et libertés des extra-muros pour protéger les privilèges des intra-muros. Un Mur c’est égoïste, c’est orgueilleux.

     

    M. Klarsfeld va même jusqu’à comparer ce mur avec le Limes romain qui protégea Rome des invasions barbares et garantissait sa pax romana … Les mots ont un sens et utiliser cette comparaison inscrit le propos dans une logique culturelle : les flux migratoires sont ici considérés comme des invasions barbares contre lesquelles il faudrait se protéger pour préserver notre train de vie, notre pax economica. Non seulement cette comparaison est perfide mais aussi elle est aveugle et nous conduit dans … un mur, c’est le cas de la dire ! Car enfin, c’est justement notre mode de vie, nos fondements économiques qui créent ces différences de potentiel, pour prendre un terme scientifique, qui ensuite alimentent un flux. Tout physicien vous dira qu’augmenter une différence de potentiel tout en bloquant le flux produit, amène à un phénomène violent : arc électrique, explosion, tornade, etc… L’irresponsabilité ce n’est pas de laisser passer le flux, c’est justement de le bloquer sans réduire les différences de potentiel.

     

    La Grèce a déjà érigé un mur sur sa frontière avec la Turquie. C’était en début d’année 2011. Nous en avions fait une chronique à ce micro (http://cimade63.blogg.org/date-2011-02-04-billet-1297322.html). Il s’agissait d’une clôture de 13 km à l’endroit où le fleuve Evros rentre dans les terres turques et laisse une frontière terrestre avec la Grèce. Ce mur a suscité de vives réactions en Europe, puisqu’il l’a mise en porte-à-faux entre sa politique de fermeture des frontières et ses valeurs et principes.

     

    Nous voulons des ponts, pas des murs.

     


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