• Chronique RCF du 13 septembre 2013 retour sur le 115 et l'hébergement d'urgence

    http://podcast.rcf.fr/emission/449029/678224

     

    Je voudrais revenir aujourd'hui sur le mouvement des sans-abris de la Place de Jaude.

    La Cimade s'est impliquée dès le début car un principe républicain était bafoué. Certes l'Administration préfectorale représente l'Etat. Mais l'Etat ne doit pas oublier qu'il n'est pas qu'une machine administrative ne répondant qu'à ses seuls intérêts. L'Etat est l'émanation de la Nation et celle-ci a choisi la République comme régime politique.Parmi les principes de cette République qui obligent l'Etat, il y a le principe de l'accueil inconditionnel. Ce principe est un principe humanitaire par lequel s'exprime notre devise Liberté-Egalité-Fraternité. Ce principe repose sur l'obligation de l'Etat à organiser et réaliser le secours aux individus lui demandant de l'aide. Cette mise à l'abri ne doit regarder que la nature humaine dans l'individu et non sa régularité, son sexe, sa religion ou son statut social. En ce sens, c'est une disposition humaniste. Et on mesure le degrés d'humanité d'une société par son comportement envers les plus faibles.

    Dans l'affaire du 115 à Clermont-Ferrand, l'Etat savait depuis plusieurs mois que l'hébergement d'urgence était de plus en plus sollicité et qu'il avait besoin de moyens supplémentaires pour faire face aux besoins.

    Ce qui est scandaleux dans cette affaire, c'est que des individus déjà en souffrance sociale aient été les victimes d'un bras de fer entre l'Etat et une association gestionnaire. Déjà en difficulté, le message qu'ils reçoivent est un message humiliant et dégradant.

    L'Etat a failli,incontestablement, dans sa mission humanitaire. Pire, dès le lundi soir je demandais à la Préfecture de prendre en charge la gestion de la crise et je me suis vu imposé un refus, il a fallu attendre 48h pour qu'un dispositif de gestion de crise soit enfin en place. Pendant cette période, ce sont les associations et les citoyens qui ont assuré les devoirs de la République. Même les collectivités territoriales ont été absentes pendant ces 48 premières heures.

    La société ne gagne rien à faire subir des mal-traitances sociales aux plus fragiles. Si l'on en croit les travaux d'Aletha Solter, les violences subies engendrent à leur tour d'autres violences. Pour pacifier la société et veiller à la concorde universelle, les institutions de la République doivent développer des gestions de crise préventives,coopératives, non violente et éviter les situations de rapport de force. La Sagesse du fort est justement de mettre sa force au service de la cohésion sociale.

    Pour finir, je voulais remercier l'église des minimes qui a accueilli les sans-abris, en cohérence avec Matthieu 25, en particulier le verset 35 :« j'avais faim, vous m'avez donné à manger, j'avais soif,vous m'avez donné à boire, j'étais étranger, vous m'avez accueilli »

     

    Emmanuel BOUHIER

    Porte-parole de laCIMADE63

     

     

    NB : travaux d'Aletha Solter sur l origine de la violence : http://www.awareparenting.com/laviolence.htm