• chronique du 26 mars : Jesus change son regard sur l'étranger

    La rencontre avec la Syro phénicienne : Jésus change son regard sur l'étranger

     

    En ce temps de Carême, je vous propose une chronique un peu particulière parce qu’elle porte un passage d’évangile. Il s’agit de la rencontre avec la Syro-phénicienne en Matthieu 15, 21-28.

    Dans ce passage, Jésus se retire au pays de Tyr et de Sidon, autrement dit à l’étranger pour un juif de l’époque.

    Une femme vient le supplier par 3 fois de sauver sa fille.  La 1ere fois, Jésus feint de l’ignorer. La 2ème fois, Jésus lui répond que ses œuvres ne sont destinées qu’aux enfants d’Israël : « Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël. »

    La 3ème fois, Jésus lui attribue la double minoration « petit chien » : « Il n'est pas bien de prendre le pain des enfants, et de le jeter aux petits chiens. »

    Il faudra une réplique persévérante et pleine de sagesse de la femme pour que Jésus change son regard et sa position : « Oui, Seigneur, dit-elle, mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. ».

    Que s’est-il passé ?

    Jésus apparaît là sous un jour singulier. Il ne nous avait pas habitués à ce genre de réaction fermée, dogmatique, hautaine et humiliante. Au contraire ses enseignements précédents cet évangile portent sur la miséricorde dans le Sermon de la Montagne ou sur l’Amour des ennemis en Mtt 5. D’habitude, quand ses disciples sont à côté de la plaque, Il n’hésite pas à les remettre en ligne vigoureusement. Là, non, il va dans le même sens qu’eux. Celui qui appelle à l’aide dérange toujours notre confort intellectuel ou matériel, notre confort petit bourgeois pourrait-on dire aujourd’hui. Celui qui appelle à l’aide met nos intentions et nos bons sentiments à l’épreuve. Nous risquons d’être démasqués. Avons-nous des postures d’êtres bienfaisants ou sommes le nous en Vérité et donc en action ?

    Juste avant ce passage, Jésus a eu une discussion avec des Pharisien sur la stricte observance des rites et interdits religieux. Jésus leur révèle l’aspect délétère de l’obéissance à la Lettre si l’Esprit a été perdu : « vous avez annulé la Parole de Dieu au nom de votre Tradition », dit-il en Mtt 15,6. Il en profite par la suite pour enseigner à la foule ce qu’est le pur et l’impur : l’impur n’est pas ce qui rentre mais ce qui sort. Or dans notre passage, Jésus à l’air de se fourvoyer dans les mêmes erreurs et la même froideur que les pharisiens : Il s’accroche à la Tradition sans écouter son Cœur ni son Esprit. En s’accrochant ainsi, Il commet une seconde erreur : Il essentialise l’impureté. L’étrangère est impure parce que non juive. Alors qu’Il vient d’enseigner autre chose sur l’impur. Or les intentions de cette femme ne sont pas mauvaises, elle n’a pas commis de mauvaises actions, elle veut juste que sa fille soit sauvée. Elle s’accroche, elle persévère, elle va chercher l’argument qui lui commande l’Amour qu’elle porte à sa fille, un argument plein de vérité. Vérité que Jésus va reconnaître aussitôt et du même coup, Il va reconnaître son erreur et lui accorder ce qu’elle demande.

    L’étranger vient là comme un miroir qui, par la confrontation de l’étrange, nous révèle nos parts d’ombre qui restent à illuminer. Par cet épisode, Jésus ouvre la voie de la remise en cause de nos propres préjugés. Il nous appelle à dépasser des cadres rassurant de nos habitudes et certitudes pour pouvoir rester fidèle au Cœur et à l’Esprit. Il nous enseigne que tous les humains sont frères.

     

    L’étranger dans notre société est une mise à l’épreuve de notre humanité. Saurons-nous dépasser nos préjugés, comme Jésus, pour ouvrir à cet étranger aussi nos œuvres, nos soins, notre hospitalité, notre fraternité ?

     

    C’est un des enjeux qui se jouent en ce moment.


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