• chronique du 14 mai : le changement que la cimade attend

    Avec l’élection de François Hollande, La Cimade veut saluer l’espoir d’un changement désormais possible en matière de politique migratoire. Dix ans de discours stigmatisants à l’encontre des étrangers, dix ans de politiques et de pratiques de plus en plus répressives conduisant au recul du respect de droits fondamentaux, ont créé beaucoup de souffrances et d’humiliation, et aussi provoqué des déchirures graves dans le tissu social de notre pays. La banalisation de discours ouvertement xénophobes, légitimés par des paroles et des actes portés par les autorités de l’Etat, en est la conséquence.

    Rappelons pour illustrer le propos :

    -     La course industrielle aux chiffres d’expulsion qui pousse l’administration dans une chasse à l’étranger, défigurant ainsi notre république

    -     Les difficultés imposées aux amoureux pour reconnaître ou effectuer un mariage ou à jouir de leur vie commune

    -     La quasi impossibilité d’un étranger malade à obtenir un titre de séjour pour la santé

    -     Le recours croissant à la procédure expéditive de demande d’asile qui court circuite la procedure normal et son traitement équitable

    -     L’enfermement d’enfants, la maltraitance de femmes enceintes dans les procédures de rétention et d’expulsion

    -     La criminalisation de la solidarité

    -     Les offensives verbales de l’inégalité des civilisations ou de la non entrée dans l’histoire de l’homme africain

    -     Et plus récemment la sélection par l’argent  pour obtenir un titre.

    La Présidence de François Hollande doit marquer une rupture avec ces dérives politiques et morales. Un premier signe de rupture avec l’approche sécuritaire de la politique d’immigration serait de sortir cette question du ministère de l’Intérieur.

    Il y a urgence.

    Urgence de promouvoir un changement du regard porté sur les étrangers vivant parmi nous dans un souci de justice, d’égalité et de fraternité. Il y va de la transformation des relations sociales, de la construction d’une société hospitalière et de la possibilité d’un « vivre ensemble » porteur d’espoir pour tous les habitants de ce pays. Sans ce vivre ensemble républicain, les individus se tourneront là où ils trouveront soutien et sécurité : les communautés. C’est le défaut de la République qui ouvre la voie au communautarisme.

    Urgence de transcrire dès maintenant ces valeurs dans des mesures concrètes concernant les migrants pour assurer le respect des droits humains, la justice et la solidarité. La Cimade, pour sa part, restera engagée sur le terrain aux côtés des migrants qu'elle accompagne chaque jour, et mobilisée pour porter des principes et des propositions pour la construction d’une véritable politique d’hospitalité.

    L’élection du nouveau président ouvre des possibles que la Cimade compte bien explorer pour servir la cause commune : la défense des droits fondamentaux.


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