• chronique du 12 septembre 2011

    QUE SE PASSE T IL AU PAYS DES DROITS DE L'HOMME ?

     

    Cet été a été particulièrement infernal en matière de droit des étrangers, en Auvergne et en France.

    En Auvergne d'abord, après une lutte pour l'hébergement d'urgence au printemps, les familles déboutées du droit d'asile, hébergées par l'Etat, sont passées du statut de "protégé" au statut de "proie". En d'autres circonstances on appellerait ça un traquenard. Ainsi plusieurs familles ont été arrêtées dans les hôtels où elles étaient hébergées par l'Etat, envoyées en rétention et expulsées. Plusieurs d'entre elles ont en effet vécu dans leurs chaires les effets de la politique de la course à l'expulsion.

    La famille BEJZACU, par exemple, qui a été envoyé en rétention à Lilles. Le voyage a duré 12 heures et a provoqué le décollement du placenta de la maman enceinte.

    La famille HASANI a été expulsée sans attendre la décision du tribunal de Rouen, qui a pourtant ordonné leur remise en liberté, mais l'avion avait déjà décollé...

    La famille SADRIJA a été expulsé en Serbie alors qu'ils sont kosovars, la maman était enceinte de 4 mois.

    A quoi sert la Justice quand elle ne peut pas protéger les droits fondamentaux et quand l'Exécutif ignore ses décisions ? Comment qualifie t on un régime qui prend aussi peu soin et qui manque autant de respect envers la vulnérabilité de la personne humaine ? Ça se passe ici, maintenant , chez nous et en notre nom ...

    Depuis 2003, notre pays connaît une course à l'expulsion : Sarkozy, Hortefeux, Besson et maintenant Guéant. Ce dernier veut dépasser les 30 000 expulsions et affaiblir encore par une 9ieme loi le dispositif de protection conventionnelle, c'est à dire le droit d'asile qui est déjà réduit à peau de chagrin. Rappelons ici pour exemple de cette détérioration que notre Préfet ne veut plus prendre en charge les frais de déplacement des demandeurs d'asile quand ils sont convoqués à l'OFPRA à Paris pour instruire leur demande ! Rappelons que la procédure normale est de plus en plus détournée par la procédure expéditive dite "prioritaire". Rappelons que la demande doit être rédigée en français et que les demandeurs d'asile n'ont pas accès à des traducteurs gratuitement... Que va faire Guéant de plus ? Ça suffit !

     

    Cette politique entraine des modifications culturelles dangereuses. Comme le 31 aout où un cadre de la RATP n'hésite pas à affréter un tramway où des CRS entassent par la force des Rroms fraichement évacués de leur camps, quitte à séparer des enfants de leurs parents. Où encore comme cette phrase de Bruno Lemaire : "Il faut faire en sorte que les demandeurs d'asile n'aient plus le temps de scolariser leur enfant et de trop s'installer, car après il est d'autant plus difficile de leur doner une réponse négative."

     

    Depuis les lois Besson, nous avons franchi le Rubicon, nous entrons dans des heures sombres...

     

    Emmanuel BOUHIER