• L'Unicef vient de publier un rapport choc : la France protège mal ses enfants. L'Organisation Onusienne rappelle que "chaque enfant compte. Partout, tout le temps." Dans les 36 recommandations concrètes, certaines parlent des Mineurs Isolés Etrangers, les MIE. Le rapport dénonce la situation inacceptable de ces enfants multi-exclus "qui compte parmi les plus vulnérables".

    La recommandation n°19 appelle à "mettre un terme définitif à la pratique des examens osseux afin de déterminer l'âge des mineurs isolés et privilégier les bonnes pratiques onusiennes dans ce domaine : en dernier recours le doute concernant l'âge des adolescents doit bénéficier aux jeunes".

    Que sont ces tests osseux ? Ce sont des mesures par radio sur les cartilages et les os. Nombre de médecins et de scientifiques ont démontré un manque flagrant de fiabilité, les résultats seraient entachés d'une incertitude de + ou - 2 ans ! Quand le test conclu à la majorité, c'est à dire 18 ans, le jeune peut avoir entre 16 et 20 ans. Le Comité Consultatif National d'Ethique a condamné ces tests, tout comme la Défenseure des enfants. Outre le manque de fiabilité, ces tests sont une humiliation pour les adolescents car ils peuvent prendre la forme d'une mise à nu pour regarder le développement des seins, de la pilosité, etc.

    Avec ces tests, les pouvoirs publics ont un alibi pour écarter de l'Aide Sociale à l'Enfance ces jeunes jugés trop nombreux. Considérés majeurs par les tests, ils ne sont pas pris en charge. Ils vont alors au 115, l'hébergement d'urgence, mais là considérés mineurs, les portes se ferment devant eux... Ainsi nous livrons à la rue des jeunes sans famille.

     

    Mercredi 13 mai dernier, la Secrétaire d'Etat à la Famille a fait voter par 35 députés à une heure du matin un amendement inscrivant dans la loi cette pratique dénoncée par tous. 2 amendements proposant l'interdiction des tests osseux ont été rejetés.

    Entre le discours sur la fraternité après le 11 janvier et le maintien de cette pratique déshonorante, nous pouvons dire qu'il y a loin de la coupe aux lèvres.

     

    Je voudrais finir cette chronique en rappelant à nos mémoires l'article 3 de la Convention Internationale des Droit de l'Enfant :

    "Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale"

     

     

     

    Emmanuel BOUHIER

    Porte Parole de la Cimade 63

     

     

    http://www.youscribe.com/catalogue/tous/rapport-de-l-unicef-sur-le-droit-des-enfants-en-france-2581986

    http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/05/13/immigration-les-deputes-maintiennent-les-tests-osseux_4632905_3224.html

    http://www.gisti.org/spip.php?article4954http://www.lacimade.org/poles/defense-des-droits/nouvelles/4649-R-solution-du-parlement-europ-en-sur-les-mineurs--trangers-isol-s

    https://jucticeetmedecine.wordpress.com/les-tests-osseux-peu-fiables-et-pourtant-massivement-utilises/http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20150217.OBS2693/jeunes-migrants-peu-fiable-degradant-le-test-osseux-denonce.html

    http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/05/08/l-examen-osseux-un-couperet-pour-les-jeunes-immigres_4410684_3224.html

    http://www.cettefrancela.net/volume-1/descriptions/article/le-controle-des-juges?artpage=7-8

    http://www.gisti.org/spip.php?article2658

    http://www.lecanardsocial.com/ArticleFil.aspx?i=1090

    http://www.ldh-france.org/mineurs-isoles-etrangers-les-apparences-preuve/

    http://www.educationsansfrontieres.org/spip.php?article52258

    PETITION NATIONALE :

    "Mineurs isolés étrangers : proscrire les tests d’âge osseux" http://www.educationsansfrontieres.org/spip.php?article52122


  • Chronique cimade du 17 avril 2015 pour RCF : Engagement #4 : choisir son engagement.

     

    Nous en sommes à la 4ème chronique de cette série sur l’engagement. La dernière fois, en prenant l’image du champ de force, on comprenait comment un engagement pouvait être efficace, surtout il était mis en lumière que toute action même non inscrite dans un engagement conscient, favorisait une direction particulière au cours de l’Histoire.

    L’Homme libre, conscient  ou sage, appelons-le comme on veut, sera alors celui qui sera capable d’être, en toute circonstance, cohérent entre ses actes, même les plus simples et sa philosophie, sa vision particulière de l’Humain dont nous avons vu l’importance lors de la 2ème chronique.

    Cet Homme-là n’existe certainement pas, la tâche serait probablement invivable. Cependant, son impossibilité ne doit pas nous faire renoncer à nous mettre en chemin pour progresser vers cet idéal personnel et universel.

    Alors, cheminons et commençons par choisir un ou plusieurs domaines qui mobilisent le plus notre attention, notre affection et notre sensibilité.  Nous ne pouvons mener tous les combats, être de toutes les luttes, embrasser toutes les causes, être de tous les chantiers. Il faut être conscient que c’est une affaire collective, que d’autres s’engagent pour des causes auxquelles nous sommes sensibles et alors nous viendrons ajouter notre force à la leur quand ils en auront besoin pour influer dans le champ des forces. Ce qui sous-entend qu’il nous faut entretenir des liens sociaux entre engagés, qu’il faut réserver de l’attention à ceux qui œuvrent pour les causes auxquelles nous sommes sensibles. Etre à l’écoute, faire partie d’un réseau, c’est déjà une forme d’engagement.

    Comment choisir la cause qui va bénéficier de notre engagement ? Il faut je pense, prendre conscience de ce que l’on ne veut pas ou plus. Ce qui nous indigne ou nous révolte. C’est une première séparation du bon grain et de l’ivraie. On peut alors avoir une démarche plus positive en cherchant ce pourquoi on est « pour ». Ensuite l’engagement dans une cause particulière est affaire d’histoire personnelle, de compétences particulières, de rencontres, d’opportunités, bien sûr de sensibilité plus grande pour telle ou telle cause ou parfois un élément déclencheur fort : l’expérience d’une émotion intense, positive ou négative face à une situation extra-ordinaire donnée.

    Ceci suppose de se disposer à cette rencontre. Rencontre avec sa propre sensibilité, rencontre avec autrui, avec l’étrange, l’inconnu.

    C’est à ce moment-là que l’Humain se met vraiment sur le chemin, quand il s’ouvre, quand il abandonne pour partie sa vie pour soi seul.

    Alors n’ayez pas peur ! Tentez l’expérience humaine de l’engagement, elle vous transformera et vous enrichira. Explorez vos causes sensibles …

    … et n’oubliez pas le philosopher pour nourrir votre engagement et votre liberté !

     

    Emmanuel BOUHIER

    porte-parole cimade63


  • Le champ des forces

     

    Dans cette 3ème chronique sur l'engagement, je voudrais aborder le "comment ?". La première chronique a mis en évidence que l'engagement était basé sur une foi et une espérance. La deuxième chronique s'attardait sur cette foi et cette espérance traduite en une philosophie singulière de notre propre vision de l'Humain. La suite logique est donc de se questionner sur la façon dont l'engagement peut être efficace. 

     

    Imaginons notre monde humain comme un champ de force. Tous les individus, les entreprises, les institutions et toutes les organisations humaines diverses et variées exercent une force dans ce champ. Cette force, c'est l'influence de l'élément considéré sur le cours des choses, l'Histoire qui se construit à chaque instant. La résultante de toutes ces forces donne la direction vers laquelle évolue notre monde. Cette résultante peut être considrée globalement mais aussi régionalement ou localement.

    Toutes les forces ne sont pas égales. L'efficacité d'une force dépend de son poids; de sa direction ou orientation et de son intensité qui varie dans le temps.

    On comprend alors que l'engagement pour être efficace doit représenter une certaine masse critique. Mais ce n'est pas suffisant, il est aussi nécessaire de doser l'intensité de la force selon l'intensité des autres forces en présence, il y a des moments opportuns à appliquer sa force avec intensité quand les conditions sont favorables et qu'un champ des possibles s'ouvre. Il faut aussi choisir la bonne orientation suivant son poids et l'intensité qu'on est capable de mobiliser. Etre à contre-courant pourrait être plaisant à l'esprit mais assez peu efficient si on ne pèse pas assez lourd... Mieux vaut certainement cultiver ses utopies pour nourrir des forces capables de faire dévier la tendance majoritaire... L'orientation devra aussi être choisie de manière à pouvoir solliciter le plus de coopération possible pour avoir le plus de poids possibles, les forces pouvant s'ajouter. 

     

    Pour réussir son engagement, il faut donc connaître l'état des forces en présence, être conscient de son poids, choisir une orientation en conséquence, régler l'intensité de l'action sur le bon moment et chercher les coopérations possibles.

     

    Voilà, vous êtes prêts à vous engager ! Mais pour quelle cause ? Il y en a tellement qui pourrait découler de notre philosophie...


  • Engagement #2 : avoir une vision de l'Humain.

     

     

    Lors de ma précédente chronique, je vous proposais d'explorer les ressorts de l'engagement. L'engagement y était mis en perspective par rapport à l'action. Il s'inscrit dans le temps et l'espace, poursuit une cause, inspirée d'une foi, mise en mouvement par une espérance.

    La foi est celle d'une Humanité meilleure. Pour constituer cette foi, il faut soit adhérer à une idéologie, soit construire sa propre vision de l'Humain, quitte ensuite à la partager et trouver des compatibilités avec telle ou telle idéologie.

     

    Pour que l'engagement soit un acte émancipateur, il est préférable de choisir la 2eme option : construire une vision de l'Humain. Ce parti pris pose déjà d'emblée la primauté de la singularité de l'individu sur sa conformité à un groupe. C'est déjà une certaine vision de l'Humain ! Soit on le considère comme subalterne au groupe, soit on le considère comme l'élément fondamental sur lequel repose tout groupe humain.

     

    De là découlent nombre de débats : entre Liberté et Egalité, entre accumulation individuelle et redistribution collective, entre ordre et chaos, entre autoritarisme et démocratie ... Posons nous ces questions : quelle est la nature de l'Humain ? économique ? écologique ? politique ? Tout cela à la fois peut être mais avec quel dosage ? ... A qui appartient-il ? À lui-même ? À l'autorité ? Au groupe ? À Dieu ? … Quel est le projet d'Humanité à réaliser dans chaque individu ? Quel est le sens de l'expérience humaine ? Quel serait l'Humain accompli dans une société idéale ? Que souhaitons nous pour chaque individu ? Sommes nous faits pour une compétition permanente faisant accéder au pouvoir les plus forts, les plus habiles, les mieux dotés ? ou pour une autorité assurant un ordre égalitaire ? ou encore pour une coopération cherchant à effacer les injustices et inégalités parle consensus ? Quels sont ses droits fondamentaux qui le constituent et reconnaissent Humain ? Il y aurait encore tant de questions à se poser pour essayer de construire notre vision de l'Humain. Cela paraît un gros travail mais nous avons déjà intuitivement des réponses découlant de nos expériences.

     

    Pour ma part, je pense que l'Humain a vocation à développer la Fraternité. Non pas par bon sentiment mais parce qu'elle permet non seulement l'équilibre et la complémentarité entre la Liberté et l'Egalité mais aussi un supplément d'âme, un dépassement, une spiritualité de l'Humanité. En frère, l'Humain s'assume donc comme animal politique et spirituel. Il nous faudra alors penser comment l'engagement de l'individu peut influer sur le cours de l'Histoire de l'Humanité.

    Emmanuel BOUHIER

    porte parole Cimade63


  • Pourquoi nous nous engageons ?

     

    L'engagement est une forme structurée de l'action humaine. Nous passons à l'action quand l'étincelle de la volonté rencontre une idée et un contexte, une réalité. La canalisation de cette action dans une cause, la transforme en engagement. Dans l'engagement il y a l'idée de la durée, du contrat moral et d'un périmètre précis. Ce cadre permet à l'action une plus grande efficacité. Quand l'action seule est une réaction spontanée à une situation donnée, l'engagement est un ensemble organisé dans le temps et l'espace. L'engagement est composé d'une compréhension du réel, d'une inspiration philosophique ou spirituelle et d'actions coordonnées dans le but de servir une cause précise, d'obtenir un changement ou d'atteindre un résultat.

    Nous nous engageons parce que nous avons une foi et une espérance. Le monde n'a pas besoin d'aller mal pour que nous nous engagions. Même si la communauté va bien, il faut toujours des bienveillants pour en prendre soin. La foi, c'est celle qu'il existe une forme meilleure de l'Humanité. Bien sûr nous n'en savons rien scientifiquement. Mais nous en avons à la fois le désir et l'intuition. L'espérance, c'est que cette foi peut avoir des matérialisations. Oui, nous pouvons voir des manifestations tangibles de la véracité de cette foi. L'engagement consiste alors à agir pour que s'accomplisse l'idéal en quoi nous avons foi, l'espérance est le moteur de cet engagement.

    Nous nous engageons aussi en réaction à un monde dont la violence, l'injustice, l'imperfection ne nous convient pas ou nous révolte. Notre responsabilité est alors d'être, dans le monde, acteur de la transformation dont nous avons l'espérance. Il nous faut alors analyser, connaître, comprendre pour trouver les effets de levier efficaces qui, par le moindre effort, provoquera le plus d'influence.

    L'engagement donne force à l'action mais il en limite le champ. Il donne sens à la vie mais la capte goulument.

    De nos engagements ou de nos renoncements dépend le monde d'aujourd'hui et de demain.

     

    Emmanuel BOUHIER

    Porte Parole CIMADE63

     

     





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