• Chronique Cimade sur RCF du 11 octobre : Valls et les Rroms

    Les propos du Ministre de l'Intérieur sur les Rroms ont suscité une forte polémique. Si bien qu'on a dépassé le stade de la polémique  : quand autant d'organisations (Amnesty International, HRW, LDH, Cimade, Eglise Réformée, France Terre d'Asile, Médecins du Monde ... ) prennent position, c'est que les valeurs et les principes font partie des dommages.

     

    On ne peut évidemment pas reprocher à un ministre de faire appliquer les lois mais on peut contester la légitimité philosophique de la loi et on peut critiquer la forme des propos car en politique les mots ont un sens, une portée culturelle, et la forme préfigure le fond. Oui, il est intolérable d'entendre un ministre de la République dire qu'un groupe humain a une vocation, une prédestination sociale. Même s'il était vrai qu'une minorité de Rroms veuille s'intégrer, ne faudrait-il pas plutôt s'inquiéter de l'effectivité de la circulaire engageant un diagnostic social et un dialogue avec la société civile avant toute expulsion et destruction de camp ? Ne faudrait-il pas interroger l'efficacité de nos dispositifs d'intégration et d'inclusion ?

    Plutôt que de tirer des conclusions hâtives sur la génétique ou ethnicité du problème, il convient de perfectionner les solutions sociales. Notre société a besoin de ces solutions qui affermissent le vivre ensemble, la coopération, la fraternité.

    Dans ce sujet de société, on oppose autorité et laxisme. Ne devrait-on pas chercher à dépasser cet affrontement binaire par des solutions sociales qui approchent et respectent la complexité des choses ?

    Bien sûr la réponse est à plusieurs niveaux : Europe, pays d'origine, pays d'accueil, mais faisons notre part, relevons le défi républicain de l'inclusion de toutes les populations en situation d'exclusion. Car la vérité du débat se situe là : entre exclusion et inclusion.

     

    Dans les propos du Ministre et de ses soutiens souvent l'argument sanitaire est évoqué pour justifier la destruction des camps. Ce serait "pour leur bien" finalement... Un peu comme la fessée infligée à un gamin pour lui apprendre à ne plus taper... Cherchez l'erreur... (http://www.alice-miller.com/livres_fr.php?page=2) Cet argument grossier en dit long sur le cynisme en politique. Car enfin, que deviennent ces gens après la destruction ? Est ce que leur situation sanitaire s'est améliorée ? Assurément non, elle s'empire ! Alors quel est le sens caché de ce message ? Que ces populations sont elles-même une menace pour l'état sanitaire du pays ? ... Voici une conception de l'humanité qu'on préférerait enfouie à jamais dans les profondeurs infernales...

     

    Je voudrais finir par une citation de Gramsci : "Le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres".

     

     

    Emmanuel BOUHIER

    Porte-Parole Cimade63

     

     

    mes ressources sur le sujet :

    http://pear.ly/corO5


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