• Chronique cimade 14 mars 2014 pour RCF :

    Récemment, je me suis intéressé au concept du Bien Vivre, le Buen Vivir, que la Bolivie et l’Equateur ont inscrit dans leurs constitutions. Outre le fait que ce concept considère la Nature ou l’Environnement comme un membre de la communauté à part entière, disposant de droits, le concept laisse une place importante à l’hospitalité, l‘accueil de l’étranger.

     « Bien Vivre ». Tout le monde souhaite bien vivre. A priori, c’est une aspiration humaine universelle. Mais qu’est-ce que Bien Vivre ? Etre en bonne santé ; évoluer dans un environnement sain et propice à la vie ; être assuré du minimum vital qui garantit la subsistance et la dignité ; être respecté quelques soient les convictions, les orientations ou les particularités physiques ; avoir une œuvre qui donne le sentiment de se réaliser ; pouvoir compter sur la solidarité ; avoir la possibilité de participer démocratiquement à tout ce qui est d’ordre collectif, etc.

    Si nous souhaitons ce Bien Vivre pour nous même et si chacun le souhaite pour soi, chacun doit le reconnaître pour tous les autres. Se faisant, de proche en proche, le Bien Vivre des uns ne peut se faire légitimement au détriment du Bien Vivre des autres. Si bien que le Bien Vivre de chacun dépend du Bien Vivre de tous et finalement du Bien Vivre de l‘ensemble, en sorte que ce Bien Vivre dépend d’une certaine harmonie ou fraternité et d’une organisation solidaire et inclusive de la société.

    Comment le Bien Vivre pourrait alors découler d’une politique qui stigmatise ou exclue ? Certains pensent qu’en fermant les frontières ou en expulsant les étrangers, nous avons plus de chance de Bien Vivre. Atteindre le Bien Vivre, est-ce que cela consiste à construire les instruments sociaux du bien-être pour tous ou à éliminer une partie des aspirants en en faisant des boucs  émissaires et en les qualifiant de parasites, profiteurs, tricheurs et surnuméraires ? Surtout, il n’est pas sûr que l’exclusion d’une catégorie de personne apporte réellement du Bien Vivre. Il y a fort à parier qu’il faudra alors trouver un autre bouc émissaire…

    Un Bien Vivre qui exclurait une partie de l’Humanité ne serait pas durable car il ne réglerait pas l’aspiration légitime au Bien Vivre de ceux qui ont été exclus. L’exclusion exacerbe les tensions sociales qui mettent en péril le Bien Vivre des inclus. Il n’est pas sûr que le meilleur moyen d’atteindre ce Bien Vivre Universel soit la lutte permanente entre inclus et exclus. Il est possible que l’intelligence collective donne des résultats meilleurs, plus rapides et durables.

    Fermer les frontières et être inhospitalier aux étrangers revient à remettre la question à plus tard et à la rendre plus périlleuse encore.

    Pour Bien Vivre nous-même, il faut permettre à tous nos frères humains de Bien Vivre, d’accueillir l’étranger comme nous aimerions être accueillis, construire les instruments sociaux et culturels de l’hospitalité.

     

    Emmanuel BOUHIER

    Porte parole CIMADE 63

     

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