• Ces immigrés qui veulent devenir français

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    La France est championne d'Europe en matière de naturalisation : 100 000 personnes devraient opter cette année pour un passeport tricolore.

     


    «Cette nationalité française, je la désirais depuis l'adolescence. (…) Maintenant, une nouvelle vie s'ouvre à moi. Et je vous assure que je me conduirai comme un citoyen exemplaire», dit l'un. «Je suis infiniment soulagée et reconnaissante.»«Je suis fier d'être Français» : de cartes manuscrites en lettres dactylographiées, de remerciements convenus portant numéro de dossier aux missives poétiques, les courriers qui s'accumulent à la sous-direction des naturalisations racontent le parcours d'immigrés qui ont voulu devenir français. Souvent, il leur a fallu bien des années, dix en moyenne, pour y parvenir. Et beaucoup de persévérance. Car l'administration écarte chaque année 20 % des candidats.

    Tandis que le pays ausculte son identité, «ces naturalisations restent un indicateur majeur de l'intégration», souligne le préfet de Seine-Saint-Denis, Nacer Meddah. Or, leur nombre augmente depuis deux ans. Près de 100 000 immigrés devraient devenir français cette année par décret. «Nous sommes le pays d'Europe qui naturalise le plus», affirme le ministre de l'Immigration. Sur les 4,5 millions de personnes immigrées âgées de 18 ans ou plus qui résident en France métropolitaine, 41 % ont acquis la nationalité française, selon Denis Fougère et Mirna Safi, chercheurs à l'Insee. La même proportion qu'aux États-Unis.

    Quels que soient la virulence des débats et les revirements de nos politiques d'intégration, le droit de la nationalité «est aujourd'hui l'un des plus ouverts d'Europe», rappelle le spécialiste ­Patrick Weil. Une tradition ancrée dans l'histoire : quand l'Allemagne ne reconnaissait que le droit du sang, la France accordait déjà la citoyenneté à des résidents étrangers.

     

    «Comportement compatible avec la République»

    Mais «cette nationalité n'est pas bradée», assure le directeur de l'intégration, Michel ­Auboin. Certaines préfectures se montrent très exigeantes, voire restrictives comme celle du Val-de-Marne. D'autres émettent plus facilement un avis favorable. Jusqu'à présent, une sous-direction des naturalisations harmonisait les décisions. À partir de janvier, les préfectures devront œuvrer seules, ce qui fait ­craindre un traitement différencié selon les régions. Car la base juridique est succincte. Le Code civil impose d'avoir «ses intérêts matériels en France». Et d'adopter un «comportement compatible avec la Répu­blique», ce qui exclut les personnes ayant commis des crimes et délits importants. Tout comme les extrémistes religieux. C'est pour défaut d'assimilation que le Conseil d'État a confirmé récemment le refus d'accorder la nationalité ­française à une femme qui portait la burqa. Ces cas sont rares.

    Tant qu'ils s'interrogent sur leur sort, les immigrés restent simples résidents. La première génération d'Algériens s'est ainsi tenue dans un «ni-ni», «ni reparti, ni Français». Ce n'est qu'à partir des années 1990 que certains ont entamé des démarches de naturalisation. Tandis que les Marocains se sont engagés massivement. «Bien que mon grand-père ait été tué par les colons, j'ai réalisé que mon pays, c'était ma famille et ma maison. La mienne est à Goussainville», raconte ainsi Mina Itto, aujourd'hui française et retraitée.

    Les taux moyens de naturalisation diffèrent fortement selon le pays d'ori­gine. Il y a dix ans, les pays d'Asie du Sud-Est et d'Afrique subsaharienne connaissaient les taux les plus élevés. Contrairement aux immigrés originaires d'Algérie, de Turquie ou du Portugal. Mais le visage des nouveaux Français évolue rapidement. Les Asiatiques sont moins nombreux. Peut-être plus indécis, car la binationalité est rarement acceptée dans leurs pays d'origine. Tandis que les Maghrébins comme les Africains restent nombreux.

    L'acquisition de la nationalité bénéficie tout particulièrement aux immigrés les plus en difficultés sur le marché de l'emploi, assure l'Insee. Elle leur ouvre notamment les métiers de la fonction publique. Et pourtant, ce sont principalement les femmes et les diplômés qui veulent devenir français. Preuve que la naturalisation ne se résume pas à une «green card».

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