• C’est pour ton bien ! ... Chronique Cimade 63 du 15 avril 2016 pour RCF 63

    Pourquoi pense-t-on qu’il faut que les plus vulnérables soient dans des situations toujours plus contraignantes pour pouvoir s’en sortir ?
    Dans les discours et les décisions politiques de notre temps tout se passe comme si la précarité était un état de jouissance, le lieu où se pavanent les nouveaux profiteurs et autres néo-rentiers :
    - contrôle des chômeurs,
    - chantage sur les allocations familiales,
    - limitation des durées de prise en charge,
    - réduction des protections sociales des travailleurs,
    - minimisation des obligations de l’Etat en vers ces populations.
    La justification de cette pensée dans son système culturel est qu’il faut nécessairement des contreparties à la solidarité nationale selon le principe “Pas de droit sans devoir”. Cependant, c’est oublier bien vite le pendant de ce principe : “Pas de devoir sans droit”, principe qui permet l’Egalité. En effet, pour qu’un régime politique soit émancipateur, il doit avant tout protéger les droits et libertés des individus et ensuite réguler ces droits et libertés selon l’intérêt général. “Pas de droit sans devoir”, d’accord mais d’abord les droits, ensuite les devoirs sinon les droits n’existent jamais.
    Le principe de renforcer les devoirs pour avoir accès au droit, sous prétexte d’abus ou de fraude revient à appliquer le principe injuste de la punition collective. Cette position de vouloir contraindre davantage les populations nécessitant la solidarité collective revient à penser que la précarité attire et qu’il faut briser son pouvoir gravitationnel.
    Comment peut-on penser que la précarité est confortable ?
    Ce n’est pas en rendant cet univers [de la précarité] encore plus hostile, encore plus violent que nous empêcherons les gens d’y être. Au contraire ! L’effet est aggravant et au lieu de donner accès à ces populations aux ressources nécessaires à leur sortie de la précarité, cette façon d’agir les coupe de ressources supplémentaires et complique les éventuelles solutions. Ainsi ces populations sont maintenues dans la précarité. On ne sort pas de la précarité sur injonction mais en serrant une main tendue et fraternelle. Les politiques publiques devraient plutôt diversifier ces mains tendues pour multiplier les points d’appui et considérer les situations avec une bienveillance préalable au lieu de voir le vulnérable comme un centre de coût, un profiteur ou un parasite.
    Il est temps de donner des chances plutôt que d’exiger des contreparties. Il est temps de passer à un système de la bienveillance et quitter celui de la coercition.
     
    Emmanuel Bouhier
    porte-parole Cimade 63

    C’est pour ton bien ! ... Chronique Cimade 63 du 15 avril 2016 pour RCF 63

     
    http://www.laviedesidees.fr/Le-concept-de-vulnerabilite.html
    http://www.laviedesidees.fr/Pour-une-theorie-generale-du-care.html
    http://aurore.asso.fr/category/housing-first
    http://www.passerelleco.info/article.php?id_article=110
    http://www.housingfirstbelgium.be/
     

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