• Face à l’enjeu historique de l’accueil et de la protection des populations qui fuient les conflits du Moyen-Orient, l’Europe se défausse. L’Allemagne semblait vouloir montrer et défendre la voie de l’Humanisme et du devoir Fraternel mais n’a rencontré que peu de soutiens et finalement nous passons à côté de ce rendez-vous historique, cette occasion d’incarner des principes dans la réalité, de matérialiser un idéal, de consacrer dans l’Histoire des engagements intéressants les intérêts de l’Humanité.

    Un coup mortel, l’Histoire dira s’il est fatal, a été porté avec l’accord entre l’UE et la Turquie du 18 mars dernier. Cet accord prévoit que les exilés clandestins arrivant en Grèce soient refoulés en Turquie en échange de l’accueil d’exilés accueillis formellement par la Turquie.

    Par cet accord, l’UE montre le peu de cas qu’elle porte aux idéaux et aux principes humanistes à l’épreuve des difficultés. Le premier d’entre eux étant le principe de Non-Refoulement. Ce principe devrait permettre à tout primo-arrivant de faire une demande d’asile. Ce droit de la personne humaine à demander asile recule encore une fois, une fois de trop, il est tombé dans le gouffre d’un pseudo-pragmatisme. Déjà, les accords de Dublin ne permettaient plus à l’individu de choisir le pays où il souhaitait faire sa demande d’asile. Désormais, l’Europe officialise la délocalisation du traitement de l’asile à l’extérieur de ses frontières.  Elle sous-traite ses obligations et responsabilités.

    En deuxième lieu, elle perd sa crédibilité en matière de défense des droits de l’Homme et des libertés individuelles. En confiant à la Turquie le traitement de la demande d’asile, elle se fourvoie dans un relativisme destructeur. Non, la Turquie ne vaut pas un autre pays de l’UE en matière de droit d’asile ! Même si elle a ratifié la convention de Geneve de 51, elle pratique un traitement de l’asile discriminant contraire à l’esprit de la convention.  L’accord UE-Turquie fait de la Turquie un pays sûr alors qu’il y a de graves problémes en matière de liberté de la presse, liberté d’expression, liberté politique et répression policière et un conflit réouvert par Erdogan avec la partie Kurde.  Récemment, le gouvernement a même mis sous tutelle le journal  Zaman et en a fait un organe à la gloire du régime…

    L’accord entre l’UE et la Turquie est l’acte de vente de l’âme européenne si difficilement et si longuement construite pas les courants humanistes politiques, spirituels ou philosophiques.

    L’Humain devient, aussi pour l’UE une monnaie d’échange aux négociations politiques, il n’est plus sacralisé, l’Humanisme se meurt.

     

    Emmanuel BOUHIER

    Porte Parole Cimade63

    http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/migrants/20160308.OBS6023/la-turquie-un-pays-sur-pour-les-refugies-pas-vraiment.html

    http://www.rfi.fr/europe/20160319-union-europeenne-migrants-accord-ong-critiques-inquietudes-hcr-amnesty-international

    https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2016/03/say-no-to-a-bad-deal-with-turkey/

    http://www.amnesty.be/je-veux-m-informer/actualites/article/accord-ue-turquie-legalite-de-ce-marchandage

    http://ldh-toulon.net/UE-Turquie-l-accord-de-la-honte.html

    http://www.migreurop.org/article2475.html

    http://france-terre-asile.org/accueil/la-presse-en-parle/communiques-de-presse/l-europe-ne-peut-faire-du-troc-de-refugies-avec-la-turquie-2

     


  • Le projet de révision constitutionnelle, actuellement soumis au Parlement, prévoit que soit inscrite dans la Constitution la possibilité de déchoir de la nationalité française toute personne « condamnée pour un crime ou un délit constituant une atteinte grave à la vie de la nation ».

    Le débat public engagé, notamment depuis les attentats terroristes de novembre 2015, a porté presque exclusivement sur la pertinence d’inscrire ou pas la déchéance de nationalité dans la Constitution. Atteinte aux valeurs de la République, mesure purement symbolique et inefficace, rupture d’égalité entre Français, interdiction de l’apatridie…, les arguments d’opposition sont nombreux et ont été largement commentés.  

    Dans le cadre de ce débat public, La Cimade souhaite soulever la question de l’existence d’une mesure de déchéance de nationalité dans le droit français. La position de La Cimade est en effet de remettre en cause le principe même de déchéance de la nationalité pour tout citoyen français, quelle que soit sa situation administrative (une seule nationalité ou binationale) et quelle que soit la nature de son acte et « la gravité de l’atteinte à la vie de la nation ». Pour deux raisons essentielles :

    Il est de la responsabilité de l’État de juger, condamner et sanctionner les actes illégaux de ses ressortissants, y compris les plus répréhensibles. Mais un État soucieux du respect de la dignité et des droits fondamentaux de la personne, n’ignorant pas l’article 15 de la déclaration universelle des droits de l’Homme qui consacre le « droit à une nationalité », ne peut retirer cet élément constitutif de l’identité de tout être humain, qui lui confère l’accès à des droits essentiels.

    De plus, l’exclusion radicale de l’appartenance à la communauté nationale de quelques citoyens jugés coupables d’actes très graves ne saurait être une réponse adéquate aux enjeux de société. La force d’un état de droit doit se mesurer à sa capacité politique et éthique de reconnaître et de surmonter les fractures du contrat social, même celles provoquées par des violences d’une extrême gravité.
     

     

    http://www.lacimade.org/nouvelles/5741-Bannir-la-d-ch-ance-de-nationalit--





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