• Mais que se passe-t-il sur le continent européen ? Ce continent qui a vu naître la démocratie, qui a bercé les philosophies des Lumières et l’Humanisme, qui aurait dû être vacciné à jamais après la folie des nationalismes extrêmes ayant débouché par 2 fois sur des guerres mondiales et des exterminations massives.

    Que se passe-t-il ? Pourquoi le plan A de Merkel ne marche-t-il pas s’agissant de l’accueil des réfugiés ? Pourquoi l’Europe, avec tout son bagage culturel, avec son Histoire, avec sa tradition politique démocratique et sociale, pourquoi l’Europe n’arrive pas à appliquer une solution humano-responsable au besoin d’hospitalité et de protection des exilés fuyant les guerres, le terrorisme, le néo-fascisme religieux prétendument islamique, les conflits régionaux avec leurs lots de déstabilisations économiques, sanitaires et sociales ? Pourquoi les hotspots d’accueil ne se font pas ? Pourquoi la répartition des réfugiés dans les pays de l’Union ne se concrétise pas à la hauteur de l’enjeu ? Seulement 4237 places sur un total prévu de 160 000 ! La prévision était déjà faible, la réalité ne parvient pas à masquer une hostilité générale à la politique d’hospitalité et de protection. Si le plan A de Merkel ne marche pas, quel sera le plan B ?

    Malheureusement, le plan B se met déjà en place : retour des frontières, remise en cause de Schengen et de la libre-circulation, barbelé, miradors, agressions, mauvais traitements, théorie de l’invasion, fanatisation de l’opinion, expulsion, ... confiscation des biens... Le Danemark vient de franchir une limite. Ce pays vient de voter une loi de confiscation des biens des demandeurs d’asile dont le but est de rendre le pays répulsif. Et quand on accepte de débattre de l’esclavage, on en arrive à négocier le poids des chaînes. Au Danemark, le cynisme va jusqu’à négocier la barre à partir de laquelle on dépouille ces gens déjà accablés par l’exil, la perte de tout, la destruction.

    Quand il s’agit d’impôt, qui ont pour but tout de même de créer du bien commun et de répartir les richesses, combien de voix s’élèvent pour crier au déshonneur de la confiscation fiscale ?! Mais quand il s’agit de prendre ce qu’il reste à ceux qui n’ont plus rien, où sont ces voix ? Vouloir baisser les impôts à tout prix nous fait arriver à ces solutions déshumanisantes où la pauvreté finance elle-même ses besoins sociaux, aggravant de fait ces mêmes besoins...

    En plus d’y perdre notre âme, si jamais il nous en restait encore une, cette politique porte en elle les germes de la violence et de la déstabilisation sociale. Il y a un besoin social, il y a un rendez-vous avec l’Histoire, avec l’Humanité, avec notre Conscience Collective, il ne faut pas le raté ou le XXIème siècle connaîtra lui aussi sa forme de fascisme. Nous sommes en pleine montée des périls...

    Emmanuel Bouhier Porte-parole Cimade 63





    http://info.arte.tv/fr/pays-europe-durcissement-accueil-refugies

    http://eumigrationlawblog.eu/vers-un-plan-b-refuser-lentree-des-refugies-a-la-frontiere/

    http://fr.express.live/2016/02/01/lue-veut-punir-les-touristes-et-les-associations-qui-portent-secours-aux-refugies/

    http://www.middleeasteye.net/fr/opinions/l-hyst-rie-contre-les-r-fugi-s-finira-par-d-chirer-l-europe-83624128

     

    La Montée des Périls.. Chronique Cimade63 du 5 février 2016 pour RCF


  • Une nouvelle loi est actuellement en discussion à l'assemblée nationale.
     
    Le texte du projet de loi de maîtrise de l’immigration ouvre une brèche dangereuse sur la levée du secret professionnel dans des secteurs essentiels de la vie citoyenne comme la santé, l’école, l’emploi et le social à travers ses articles 8, 22 et 25.
     
    Si le projet de loi initial allonge les durées de validité de la carte de séjour, ce qui est bénéfique pour lutter contre la précarité des titres et donc des situations des personnes, il instaure en revanche un principe de surveillance permanente.
    Alors que l’obtention d’un titre de séjour, qui est deja soumise à de multiples obligations, vérifications et production de preuves, aura été accordée à un étranger, celle-ci pourrait maintenant être remise en cause à tout instant, créant finalement un climat de doute sur la sincérité de leur situation. Ils deviendraient alors de potentiels fraudeurs, alors même qu’ils ont répondu à toutes les conditions juridiques pour obtenir leur titre. Les étrangers seraient ainsi placés dans une situation permanente de peur, de sursit et de précarité. Ce n'est pas ainsi que nous concevons l'inclusion des étrangers dans notre société. Le projet de loi créé lui-même les conditions de ces contrôles avec la levée inédite du secret professionnel pour plusieurs organismes et leur personnel. Si les articles 8 et 25 sont votés en l’état, Pôle emploi, les écoles et universités, les établissements de santé publics et privés, les fournisseurs d’énergie et opérateurs de téléphonie, tout comme les établissements bancaires auront l’obligation, sous peine d’amende (7 500 euros) de fournir toute information que les agents de la préfecture jugeront utile pour contrôler la « sincérité et l’exactitude des déclarations et de l’authenticité des pièces » des personnes titulaires d’une carte de séjour. Le refus de transmission de ces informations par le personnel de ces organismes est même posé comme un délit par le texte de loi.
     
    En contradiction avec les principes d’accueil largement rappelés dans les médias, ce texte ne rompt pas avec la logique répressive et suspicieuse des étrangers qui vivent en France.
     
    Les structures d’hébergement seront également sollicitées dans le cas de l’expulsion des personnes puisque l’article 22 prévoit la possibilité de venir les interpeller dans leur chambre en dehors de toute procédure pénale engagée.
     
    Parce que les articles 8, 22 et 25 assimilent délinquants et étrangers et mettent à mal l’intégration des personnes titulaires de titre de séjour dans leur pays d’accueil, nous demandons leur suppression immédiate.
     
    Emmanuel BOUHIER, suivant communiqué de presse inter-orga
    porte-parole Cimade63

  • Un débat anime l’opinion en ce moment : la déchéance de nationalité. Si ce débat dure et prend une telle intensité c’est qu’il touche à quelque chose d’important.
    Quelque chose de bien plus important qu’une stratégie pour les prochaines présidentielles ou qu’un score dans les sondages. Plus précisément, si ce débat prend une telle ampleur c’est qu’il touche à la philosophie, au sens, à la source, à ce qui est fondamental. Et on ne touche pas aux fondations d’un ouvrage sans se poser des milliers de questions et sans bien estimer les précautions, au risque de tout faire écrouler. De ce point de vue, l’intensité de ce débat, les prises multiples de positions et les mises en garde sont salvatrices. Qu’est ce qui est donc en jeu et qui soit tant fondamental ?
    Il y a d’un côté le droit du peuple à disposer de lui-même. C’est à dire à définir qui rentre et qui sort de la communauté ou de la Nation. Et il y a de l’autre côté, le droit fondamental de l’individu à avoir un état civil. Sans état civil, pas de droit, pas d’existence. Le droit à l’état civil est donc la pierre angulaire d’une civilisation de l’Etat de droit et du progrés humain. Ce sont ces 2 assertions qui s’affrontent dans ce débat. L’enjeu n’est pas de savoir si la déchéance de la nationalité empêche les attentats mais l’enjeu est de savoir si la constitutionnalisation ne met pas en péril une autre partie des fondations de notre civilisation, c’est à dire l’inaliénabilité de l’état civil d’un individu quel qu’il soit et quoi qu’il est fait.
    Exclure un individu d’une communauté nationale en raison d’acte de guerre ou de terrorisme envers cette même communauté semble légitime. La Nation au sens de Renan est “un plébiscite de tous les jours” selon ses termes. En d’autres termes : l’expression d’une volonté à continuer une histoire héritée ou appropriée et d’un consentement mutuel à vivre ensemble. Donc l’expression d’une volonté contraire ou de la fin de ce consentement justifie la perte de l’appartenance à la Nation.
    Cependant, la grandeur de notre civilisation est de se dépasser et de poser la primauté de l’intérêt suprême de l’Humanité avant ses propres intérêts. En ce sens, elle affecterait ses propres fondations si elle priverait un individu d’état civil en le rendant apatride. La solution peut donc résider dans une mesure d’indignité nationale où la Nation n’exerce plus sa reconnaissance et sa protection envers l’individu mais ne lui renie pas sa qualité d’humain et son droit à l’état civil qui doit être considéré par notre civilisation comme inaliénable.
    Ce débat fait écho en moi au verset 44 du chapitre 5 de l’évangile de Matthieu, je vous laisse le retrouver et méditer.
     
    Emmanuel BOUHIER
    Porte-Parole Cimade63
     
    “Qu’est-ce qu’une nation ?” Ernest RENAN http://classiques.uqac.ca/classique...
     

    Sur La Déchéance de Nationalité ...... Chronique Cimade du 8 janvier 2016

    Matthieu 5:44 : “Mais moi, je vous dis: Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous maltraitent et qui vous persécutent,” http://saintebible.com/matthew/5-44...
     

  • Nous sommes à Bethléem, il y a 2000 ans. Un jeune couple, dont la femme est enceinte, parcourt la ville et recherche un hébergement. Ils s’adressent d’abord aux hôtels, mais ils sont tous complets. Ils s’adressent ensuite certainement à leurs connaissances, amis, famille, amis d’amis, amis de voisins, amis de famille. Rien... Personne ne peut les accueillir. Personne ne peut leur donner l’hospitalité... L’angoisse commence à monter chez Joseph ne trouvant pas de solution pour sa bien-aimée et son futur enfant. Et Marie... Elle doit sentir que l’enfant va naître... Elle doit avoir physiologiquement besoin d’être à l’abri, de faire son nid pour se mettre dans sa bulle et se consacrer pleinement à cette naissance... Au lieu de cela, ils parcourent encore la ville. D’abord en son centre puis s’écartent jusqu’au faubourgs, aux environs. Rejetés... Exclus...
    L’angoisse se transforme en panique, ils tapent à toutes les portes et tous leur dit “non”. Aucun ne considère que les intérêts d’une femme sur le point d’accoucher sont plus importants que son propre confort. Aucun pour avoir l’empathie nécessaire pour laisser sa place. L’histoire de cet enfant ne va pas commencer par un beau geste de solidarité. Un de ces gestes qui nous redonne foi en l’Homme, en sa capacité à se dépasser intellectuellement et moralement. Un de ces gestes si beaux qu’ils peuvent remplir vos yeux de larmes d’émotion et de joie ou de soulagement. Non. Joseph et Marie sont confrontés à l’indifférence de tous. Ils doivent ressentir de l’injustice, de la rage, de la colère. Ils doivent pester contre tous ces égoïstes ! Et peut être même contre Dieu... Personne ne les assiste. Personne ne les prend en charge. L’Amour humaine semble avoir déserté cette ville de Roi.
    Joseph et Marie sont des vulnérables, loin de chez eux, aucune infrastructure sociale n’est là pour leur porter attention et protection. Tout le monde connaît la suite. Ils trouvent finalement un abri de misère partagé avec des bêtes. L’enfant n’est pas encore né que commence le message : le sens de la place laissée, de l’accueil, de l’hospitalité. Faut-il qu’il n’y ait que des vulnérables pour accueillir les vulnérables ? Les réfugiés trouvent toujours un moyen pour se mettre à l’abri. Mais la précarité de cet abri révèle en même temps la fermeture de nos portes, de nos frontières et la perte du sens de l’hospitalité. Comment ne pas penser à Calais... Combien y a t il de Marie, de Joseph et de Jésus à naître ?...
    Dans une société de progrès social, la vulnérabilité n’est pas rejetée hors la cité, elle reçoit l’attention et la protection nécessaires à sa résolution.
     

    Emmanuel Bouhier Porte parole CIMADE 63


  • Ceux qui sont attachés aux idées d’égalité des droits, ceux qui pensent que rechercher un bouc-émissaire pour conjurer les malheurs est une erreur grotesque et monstrueuse, ceux qui recherchent inlassablement des solutions collectives, sociales aux problèmes de notre société, ceux qui ont foi en ce qu’il y a de meilleur en l’Homme, tous ceux-là ont été effrayés par les résultats du 1er tour des régionales.
    Ce n’est pas l’image de la France que nous voulons donner. Ce n’est pas la direction que nous voulons prendre. Oui, il y a de la souffrance, des inégalités, des injustices, des dysfonctionnements, des abus, des privilèges indus même mais pour les régler il convient de s’unir plutôt que de s’affronter. Il convient de chercher les causes plutôt que de les fantasmer. Il convient d’être juste plutôt que revanchard. Il convient de s’inscrire dans une dynamique collective plutôt que de tout espérer d’un chef providentiel. Il convient de prendre conscience que chacun de nous porte la responsabilité collective et que notre devoir est d’être le changement que nous espérons pour nous même.
    Les solutions aux maux qui nous touchent ne peuvent pas résider dans le rejet des autres, les étrangers, les opposants, l’Europe, ... Les solutions viennent nécessairement de l’intelligence collective, de la diversité des points de vue et des inspirations. La vulnérabilité nous place sous l’emprise de la peur. Certains sont prêts à mettre cette peur sous le feu de l’ignorance pour produire la haine, puissant levier obscur pour conquérir le pouvoir et le conserver.
    A la peur, il faut répondre par l’attention, le soin. Cela doit se traduire par des politiques qui équilibrent la société, réduisent les inégalités, les écarts, donnent une chance à chacun et permettent à tous de trouver une place, une utilité sociale.
    A l’ignorance, il faut répondre par l’éducation. L’école bien sûr mais aussi l’éducation populaire. Des citoyens informés et engagés améliorent la qualité démocratique d’une société. Ils sont un important organe de contrôle et de contre-pouvoir démocratique. Il faut connaître les choses plutôt que de les fantasmer.
    Voilà les 2 enjeux devant nous : l’attention sociale et l’éducation populaire pour vivre dans une société fraternelle.

    Emmanuel Bouhier, porte parole CIMADE 63






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