• Le Défenseur des Droits vient de publier un rapport de plus de 300 pages sur le traitement des étrangers notre pays.
    Je tiens à préciser tout de suite que le Défenseur des Droits n’est pas membre ou salarié de la Cimade et qu’il s’agit d’une fonction institutionnalisée de la République. Bien ....
    Que dit ce rapport ? Que la France discrimine ses étrangers... Ce que la Cimade observe et dénonce depuis tant d’années sans que la tendance ne s’inverse, même après une alternance gouvernementale. La dernière réforme du droit d’asile de 2015 et celle du droit des étrangers de cette année ne sont pas en rupture avec les lois précédentes et confortent encore la culture de suspicion et de méfiance pour ne pas dire d’hostilité envers les étrangers.
    Le rapport du Défenseur des Droits fait le bilan des saisines qui lui a été faites, des observations qu’il a rendues et des décisions de justice prises concernant les droits fondamentaux des étrangers.
    Dans son propos introductif, le Défenseur des Droits annonce la couleur : “C’est cette logique de suspicion qui irrigue l’ensemble du droit français applicable aux étrangers et va jusqu’à imprégner des droits aussi fondamentaux que ceux de la protection de l’enfance ou de la santé”.
    Les mots sont forts et ils sont étayés :
    - Pratiques illégales de municipalités subordonnant la délivrance de documents à des exigences non prévues par les textes
    - Refus de visa pour des visites familiales pour des motifs infondés comme le risque migratoire supposé
    - Subordination de la mise en place des mesures de protection de l’enfance aux résultats d’examens médicaux scientifiquement controversés
    - Défaut généralisé de délivrance de récépissé lors des dépôts de demande de titre de séjour : pas de récépissé, pas de preuve !
    La liste serait trop longue pour cette chronique alors je vous encourage à aller sur le site du Défenseur des Droits et de parcourir ce rapport.
    Il est temps de mettre fin à cette dérive qui menace les droits fondamentaux de tous !
     
     

    C’est pas moi qui le dit c’est le Défenseur des droits ! Chronique Cimade 63 pour RCF du 13 mai 2016

    Porte Parole Cimade 63

  • Depuis plus de 10 ans, nous subissons une accélération et une intensification des attaques contre le droit des étrangers en général et le droit d’asile en particulier. Illustrons le propos : la demande d’asile doit être faite en français et non dans la langue maternelle du demandeur, les conditions d’obtention des titres de séjour deviennent impossibles à réunir, introduction de l’inégalité de traitement avec la procédure d’asile dite « accélérée », marchandisation de l’assistance dans les centres de rétention, développement de la privation de liberté sur décision administrative, etc. En apparence, ces attaques ne concernent que les étrangers mais en créant des entorses, des exceptions dans nos principes démocratiques et républicains comme la séparation des pouvoirs, l’accès à un procès équitable, l’égalité de traitement, le respect de la dignité et du droit, en acceptant ces entorses, nous faisons entrer le loup dans la bergerie et aujourd’hui, demain, ce seront nos droits et libertés qui seront menacés, j’en veux pour preuve cet état d’urgence qui se perpétue contre toute justification technique. Nous sommes dans un champ de force et l’Histoire prend sa direction dans la résultante des forces en présence. Nous vivons un combat culturel où des logiques s’affrontent : la logique de suspicion contre celle de la bienveillance, la recherche du désengagement contre celle du développement des droits humains, la vision utilitariste des humains contre une vision universelle et fraternelle. Les crises et les conflits s’amplifient et se rapprochent, ils mettent en évidence le grand enjeu de civilisation devant nous : le progrès humain ou une nouvelle forme de barbarie.

    Dans ce contexte, quel est notre rôle ? à nous tous, citoyens et corps intermédiaires de la société civile, c’est-à-dire hors des institutions militaires ou politiques.

    D’abord un rôle de mesure du réel, observer ce qui se passe, recueillir de l’information, des témoignages, produire des données. L’accès à une information indépendante est primordial pour notre liberté. C’est ce que fait la Cimade et d’autres ONG à travers des rapports et enquêtes.

    A partir de cette information, le deuxième rôle tient de l’éducation populaire : expliquer, rendre intelligible ce qui se passe, analyser et proposer une lecture à la lumière de nos valeurs et principes.

    Enfin, c’est construire. Construire des mobilisations pour peser dans le fameux champ de force. Et construire des projets pour montrer que le réel peut être tout autre, que ce n’est pas une question de fatalité mais de volonté. Des projets et des actions comme les permanences juridiques, l’apprentissage du français, les réseaux d’hébergement solidaire ou les opérations de sauvetage en mer.

    Nous sommes à une époque charnière, l’Histoire ira là les forces sont plus fortes. Soyons des Humains Debouts.

     

    welcome

     

     


  • ACCUEILLONS LES !

    Jeudi 21 avril 2016 une 40aine de participants de sont réunis pour le cercle de silence.
    L'occasion de faire passer ce message :
    "NOUS NE VOULONS PLUS DE MORTS AUX PORTES DE L'EUROPE ! NOUS VOULONS QUE LES REFUGIES SOIENT ACCUEILLIS !"
    Les migrants meurent parce que nous rendons leurs routes mortelles !


  • Pourquoi pense-t-on qu’il faut que les plus vulnérables soient dans des situations toujours plus contraignantes pour pouvoir s’en sortir ?
    Dans les discours et les décisions politiques de notre temps tout se passe comme si la précarité était un état de jouissance, le lieu où se pavanent les nouveaux profiteurs et autres néo-rentiers :
    - contrôle des chômeurs,
    - chantage sur les allocations familiales,
    - limitation des durées de prise en charge,
    - réduction des protections sociales des travailleurs,
    - minimisation des obligations de l’Etat en vers ces populations.
    La justification de cette pensée dans son système culturel est qu’il faut nécessairement des contreparties à la solidarité nationale selon le principe “Pas de droit sans devoir”. Cependant, c’est oublier bien vite le pendant de ce principe : “Pas de devoir sans droit”, principe qui permet l’Egalité. En effet, pour qu’un régime politique soit émancipateur, il doit avant tout protéger les droits et libertés des individus et ensuite réguler ces droits et libertés selon l’intérêt général. “Pas de droit sans devoir”, d’accord mais d’abord les droits, ensuite les devoirs sinon les droits n’existent jamais.
    Le principe de renforcer les devoirs pour avoir accès au droit, sous prétexte d’abus ou de fraude revient à appliquer le principe injuste de la punition collective. Cette position de vouloir contraindre davantage les populations nécessitant la solidarité collective revient à penser que la précarité attire et qu’il faut briser son pouvoir gravitationnel.
    Comment peut-on penser que la précarité est confortable ?
    Ce n’est pas en rendant cet univers [de la précarité] encore plus hostile, encore plus violent que nous empêcherons les gens d’y être. Au contraire ! L’effet est aggravant et au lieu de donner accès à ces populations aux ressources nécessaires à leur sortie de la précarité, cette façon d’agir les coupe de ressources supplémentaires et complique les éventuelles solutions. Ainsi ces populations sont maintenues dans la précarité. On ne sort pas de la précarité sur injonction mais en serrant une main tendue et fraternelle. Les politiques publiques devraient plutôt diversifier ces mains tendues pour multiplier les points d’appui et considérer les situations avec une bienveillance préalable au lieu de voir le vulnérable comme un centre de coût, un profiteur ou un parasite.
    Il est temps de donner des chances plutôt que d’exiger des contreparties. Il est temps de passer à un système de la bienveillance et quitter celui de la coercition.
     
    Emmanuel Bouhier
    porte-parole Cimade 63

    C’est pour ton bien ! ... Chronique Cimade 63 du 15 avril 2016 pour RCF 63

     
    http://www.laviedesidees.fr/Le-concept-de-vulnerabilite.html
    http://www.laviedesidees.fr/Pour-une-theorie-generale-du-care.html
    http://aurore.asso.fr/category/housing-first
    http://www.passerelleco.info/article.php?id_article=110
    http://www.housingfirstbelgium.be/
     

  • Face à l’enjeu historique de l’accueil et de la protection des populations qui fuient les conflits du Moyen-Orient, l’Europe se défausse. L’Allemagne semblait vouloir montrer et défendre la voie de l’Humanisme et du devoir Fraternel mais n’a rencontré que peu de soutiens et finalement nous passons à côté de ce rendez-vous historique, cette occasion d’incarner des principes dans la réalité, de matérialiser un idéal, de consacrer dans l’Histoire des engagements intéressants les intérêts de l’Humanité.

    Un coup mortel, l’Histoire dira s’il est fatal, a été porté avec l’accord entre l’UE et la Turquie du 18 mars dernier. Cet accord prévoit que les exilés clandestins arrivant en Grèce soient refoulés en Turquie en échange de l’accueil d’exilés accueillis formellement par la Turquie.

    Par cet accord, l’UE montre le peu de cas qu’elle porte aux idéaux et aux principes humanistes à l’épreuve des difficultés. Le premier d’entre eux étant le principe de Non-Refoulement. Ce principe devrait permettre à tout primo-arrivant de faire une demande d’asile. Ce droit de la personne humaine à demander asile recule encore une fois, une fois de trop, il est tombé dans le gouffre d’un pseudo-pragmatisme. Déjà, les accords de Dublin ne permettaient plus à l’individu de choisir le pays où il souhaitait faire sa demande d’asile. Désormais, l’Europe officialise la délocalisation du traitement de l’asile à l’extérieur de ses frontières.  Elle sous-traite ses obligations et responsabilités.

    En deuxième lieu, elle perd sa crédibilité en matière de défense des droits de l’Homme et des libertés individuelles. En confiant à la Turquie le traitement de la demande d’asile, elle se fourvoie dans un relativisme destructeur. Non, la Turquie ne vaut pas un autre pays de l’UE en matière de droit d’asile ! Même si elle a ratifié la convention de Geneve de 51, elle pratique un traitement de l’asile discriminant contraire à l’esprit de la convention.  L’accord UE-Turquie fait de la Turquie un pays sûr alors qu’il y a de graves problémes en matière de liberté de la presse, liberté d’expression, liberté politique et répression policière et un conflit réouvert par Erdogan avec la partie Kurde.  Récemment, le gouvernement a même mis sous tutelle le journal  Zaman et en a fait un organe à la gloire du régime…

    L’accord entre l’UE et la Turquie est l’acte de vente de l’âme européenne si difficilement et si longuement construite pas les courants humanistes politiques, spirituels ou philosophiques.

    L’Humain devient, aussi pour l’UE une monnaie d’échange aux négociations politiques, il n’est plus sacralisé, l’Humanisme se meurt.

     

    Emmanuel BOUHIER

    Porte Parole Cimade63

    http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/migrants/20160308.OBS6023/la-turquie-un-pays-sur-pour-les-refugies-pas-vraiment.html

    http://www.rfi.fr/europe/20160319-union-europeenne-migrants-accord-ong-critiques-inquietudes-hcr-amnesty-international

    https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2016/03/say-no-to-a-bad-deal-with-turkey/

    http://www.amnesty.be/je-veux-m-informer/actualites/article/accord-ue-turquie-legalite-de-ce-marchandage

    http://ldh-toulon.net/UE-Turquie-l-accord-de-la-honte.html

    http://www.migreurop.org/article2475.html

    http://france-terre-asile.org/accueil/la-presse-en-parle/communiques-de-presse/l-europe-ne-peut-faire-du-troc-de-refugies-avec-la-turquie-2

     






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